« Je vidais la litière du chat dans le sac orange chaque semaine : le jour où j’ai découvert ce que je risquais vraiment, j’ai tout changé »

Chaque semaine, le même geste : vider le bac de litière du chat directement dans le sac orange, celui destiné aux déchets alimentaires à Bruxelles. Logique, pensait cette lectrice, puisque c’est organique. Mais à Bruxelles, la litière n’a strictement rien à faire dans ce sac, et l’erreur peut coûter cher, autant pour le portefeuille que pour la santé.

À retenir

  • Une règle simple qui trompe des milliers de foyers bruxellois chaque semaine
  • Les risques financiers et sanitaires que peu de propriétaires anticipent
  • Comment une même action peut être légale d’un côté de la frontière et sanctionnée de l’autre

Le sac orange, un usage plus strict qu’il n’y paraît

Depuis mai 2023, trier ses déchets alimentaires dans le sac orange est devenu obligatoire dans les dix-neuf communes bruxelloises. Il y a un an, les habitudes de recyclage étaient chamboulées en Région bruxelloise, le 15 mai 2023 marquant le début de l’obligation du tri des déchets alimentaires dans le sac orange. Restes de repas, épluchures, marc de café, essuie-tout : la liste est large, mais elle a des limites précises que beaucoup de foyers ignorent encore.

Parmi les exclus les plus surprenants pour les propriétaires d’animaux : la litière. Certains aliments ne sont pas autorisés et doivent être jetés dans le sac blanc, comme les os, les arêtes, les coquilles d’œufs, les noyaux, les emballages compostables, et les langes, les litières, les déchets de jardin ou les cendres de bois ne sont pas non plus à jeter dans le sac orange. Bruxelles Environnement le confirme noir sur blanc : à Bruxelles, la litière n’est pas autorisée dans le sac orange, une règle qui s’appuie directement sur le règlement de Bruxelles-Propreté.

La raison tient à la filière de traitement. Le contenu du sac orange part vers des unités de biométhanisation où bactéries et champignons transforment la matière en biogaz, puis en électricité et en chaleur. Une litière, même à base de granulés végétaux, ralentit ou perturbe ce processus, en plus d’introduire des éléments qui n’ont rien à voir avec de la matière alimentaire fraîche. Le sac orange n’est pas une poubelle générale pour « tout ce qui est naturel », c’est un circuit industriel calibré pour un type de déchet précis.

L’amende que personne n’anticipe

Le risque financier existe bel et bien, et il n’est pas symbolique. En cas de sacs non triés, les agents assermentés de Bruxelles-Propreté peuvent dresser des procès-verbaux à l’encontre des responsables, avec une amende administrative de 75 euros qui peut être majorée. Un sac orange contenant de la litière peut donc, en théorie, être considéré comme mal trié et entraîner une sanction. Dans la pratique, les contrôles ciblent surtout les cas répétés ou les sacs manifestement bourrés d’éléments interdits, mais le principe reste le même : le tri n’est plus une simple recommandation civique, c’est une obligation assortie de sanctions.

Ce qui rend la chose piégeuse, c’est que la litière semble, au premier regard, appartenir à la même famille que les épluchures ou le marc de café. Elle vient d’un animal domestique, elle finit à la poubelle chaque semaine, elle paraît « naturelle ». Mais le règlement bruxellois ne raisonne pas en termes de naturalité, il raisonne en termes de compatibilité avec le processus de traitement en aval. Et sur ce plan, la litière ne coche aucune case.

Le vrai danger, c’est la santé, pas seulement l’amende

Au-delà du tri administratif, il y a un enjeu sanitaire que peu de propriétaires de chats connaissent vraiment. Les excréments félins peuvent héberger le parasite responsable de la toxoplasmose, une maladie qui présente des risques particuliers pour les femmes enceintes et les personnes immunodéprimées. C’est précisément pour cette raison que Bruxelles Environnement déconseille tout autant de composter soi-même sa litière de chat à la maison. Les litières ne sont pas acceptées dans les composts collectifs, et on déconseille fortement de mettre la litière du chat dans un compost ménager, en raison d’un risque de transmission de maladies, si celui-ci est destiné au potager.

même les foyers zéro déchet qui compostent tout à la maison doivent faire une exception pour le chat. La litière suit un chemin à part, quelle que soit la bonne volonté écologique du propriétaire. C’est une nuance que beaucoup découvrent tard, souvent après avoir fièrement composté pendant des mois sans se douter du problème.

Ce que ça change selon la région où l’on habite

Voilà où les choses deviennent intéressantes : la règle bruxelloise n’est pas universelle en Belgique. En Wallonie, dans la zone couverte par l’intercommunale Intradel, la litière biodégradable est au contraire acceptée dans le conteneur vert dédié aux déchets organiques, aux côtés des restes alimentaires classiques et des résidus de jardin. Autres déchets organiques : essuie-tout, mouchoirs, boîtes de pizza souillées, sacs de sucre et de pomme de terre en papier, litière pour chat (biodégradable), copeaux ou sciure de bois. Un même geste, vider la litière dans le bac approprié, est donc parfaitement conforme d’un côté de la frontière régionale et sanctionnable de l’autre.

Ce genre de disparité illustre bien le casse-tête du tri en Belgique, où chaque intercommunale ou agence régionale (Bruxelles-Propreté, Intradel, Fost Plus, et d’autres selon les provinces) applique ses propres critères techniques, liés à la filière de traitement dont elle dispose localement. Un déménagement de Bruxelles vers la Wallonie, ou l’inverse, peut donc littéralement inverser les habitudes de tri qu’on croyait acquises.

La solution la plus sûre reste de vérifier les consignes précises de sa commune ou de son intercommunale avant de prendre des habitudes, plutôt que de se fier à une logique intuitive. À Bruxelles, la litière du chat, même annoncée comme biodégradable sur son emballage, doit filer dans le sac blanc destiné aux déchets résiduels, pas dans l’orange. Un détail qui, une fois connu, change durablement un geste répété chaque semaine depuis des années.

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