Si un enfant vous fait ce geste discret de la main en Belgique, la loi vous interdit de l’ignorer

Un geste. Quatre secondes. Une main ouverte, le pouce replié vers la paume, puis les quatre autres doigts qui se referment par-dessus. Si vous voyez un enfant faire ça, la loi belge ne vous laisse pas le choix : vous devez réagir.

Ce geste, c’est le Signal for Help. Un signal à une main qui peut être utilisé par quiconque pour alerter autrui qu’il se sent menacé et a besoin d’aide, en vidéo ou en présentiel. En pleine pandémie de COVID-19, cette forme de communication non verbale a émergé comme un outil dans la lutte contre la violence domestique, né au Canada grâce à la Fondation canadienne des femmes. Conçu au départ pour les femmes isolées pendant le confinement, ce code a depuis voyagé bien au-delà de ses frontières d’origine, et les enfants belges l’utilisent aussi.

À retenir

  • Un simple geste de la main peut alerter sans laisser de trace qu’on est en danger
  • La loi belge punit lourdement l’inaction face à un enfant en péril
  • Connaître ce signal et savoir comment réagir pourrait littéralement sauver une vie

Ce geste simple qui a déjà sauvé des vies

Le signal consiste à présenter sa paume ouverte avec le pouce replié dans le creux puis à refermer les quatre autres doigts par-dessus le pouce. Sa force ? Ce geste permet de signaler sans laisser de trace numérique que l’on est en danger. Pas de SMS à envoyer, pas d’appel à passer. Un mouvement de main, discret, silencieux.

L’histoire qui a rendu ce geste mondialement connu reste frappante. Dans le Kentucky, une adolescente de 16 ans portée disparue a pu être sauvée grâce à un signal de détresse appris sur la plateforme TikTok. Grâce à TikTok elle avait appris ce geste discret permettant d’alerter sur des violences ou un danger : montrer la paume de sa main, puis replier son pouce, puis les quatre autres doigts au-dessus. Alors qu’elle était à l’arrière du véhicule de son ravisseur, elle a réalisé à plusieurs reprises le geste en direction des véhicules qui la suivaient. Un automobiliste l’a reconnu, a composé le numéro d’urgence. La fille a été sauvée.

Ce n’est pas de la fiction. Ce n’est pas une campagne de communication. C’est ce qui se passe quand un adulte lambda décide de ne pas regarder ailleurs.

En Belgique, regarder ailleurs peut vous coûter cher

Beaucoup de gens hésitent à « s’impliquer ». La peur de se tromper, de déranger, d’exagérer. Pourtant, la non-assistance à personne en danger est une infraction pénale qui condamne l’omission de prêter secours à une personne courant un danger. Contrairement à la plupart des normes pénales, c’est une infraction d’omission, c’est-à-dire que l’auteur n’agit pas alors qu’il aurait dû le faire.

Le texte belge est on ne peut plus clair. Depuis 1961, le Code pénal érige en infraction le fait pour une personne de refuser ou de négliger de porter à une personne en péril le secours dont il est légalement requis. Sera puni d’un emprisonnement de huit jours à un an et d’une amende de 50 à 500 euros ou d’une de ces peines seulement, celui qui s’abstient de venir en aide ou de procurer une aide à une personne exposée à un péril grave.

Mais quand la victime est un enfant, la sanction monte d’un cran. La peine est portée à deux ans lorsque la personne exposée à un péril grave est mineure d’âge ou est une personne dont la situation de vulnérabilité en raison de l’âge, d’un état de grossesse, d’une maladie, d’une infirmité ou d’une déficience physique ou mentale était apparente ou connue de l’auteur des faits. ignorer un enfant qui vous signale qu’il est en danger aggrave automatiquement les risques pénaux.

L’article 422bis du Code pénal prévoit une peine d’emprisonnement pour toute personne qui s’abstient d’aider une personne exposée à un péril grave. Cette obligation ne vise pas seulement les professionnels de la santé ou les travailleurs sociaux. Elle s’applique à tout un chacun : vous dans le tram, vous dans le parc, vous qui croisez un enfant dans la rue.

La loi prévoit tout de même une nuance. Le délit requiert que l’abstenant pouvait intervenir sans danger sérieux pour lui-même ou pour autrui. Personne n’est tenu de se mettre en danger pour porter secours. Mais appeler le 101, c’est à la portée de n’importe qui.

Que faire concrètement si vous reconnaissez ce signal ?

La première règle : ne pas précipiter une intervention maladroite qui pourrait aggraver la situation. Il est nécessaire de réagir à ce geste avec une grande prudence afin de ne pas augmenter le danger pour la personne. Si l’on juge que la meilleure réponse est de l’appeler pour lui demander si elle veut qu’on appelle la police, il est important de poser des questions qui lui permettent de ne répondre que par oui ou non.

En Belgique, les circuits d’alerte sont bien organisés. En cas de danger grave et imminent pour l’enfant, il est essentiel de contacter la police au 101. Pour des situations moins urgentes mais préoccupantes, si vous connaissez un enfant victime de maltraitances physiques ou psychologiques, vous pouvez téléphoner à l’équipe SOS Enfants de votre région, composée d’assistants sociaux, de psychologues, de médecins et de juristes qui prendront en charge votre signalement. Un numéro d’appel gratuit, le 103, est également à votre disposition : Ecoute-Enfants, accessible gratuitement de 9 heures à 24 heures.

En vertu du principe d’assistance à personne en danger, toute personne qui a connaissance d’une situation de danger doit y mettre fin : nous sommes bien dans l’obligation de faire quelque chose, activement et positivement, mais pas dans une obligation de résultat. Cette distinction est capitale. On ne vous demande pas de résoudre la situation, mais d’agir pour qu’elle soit prise en charge par des professionnels.

Les équipes SOS Enfants sont composées d’assistants sociaux, de psychologues, de médecins et de juristes et veillent notamment à assurer la prévention et le traitement des situations de maltraitances. Une fois alertées, elles procèdent à l’évaluation pluridisciplinaire de la situation et apportent une aide appropriée si nécessaire, assurant un soutien psychologique et/ou social, voire une prise en charge psychothérapeutique de l’enfant et/ou des parents.

Apprendre ce geste, c’est apprendre à sauver

La vraie limite du Signal for Help, c’est simple : il ne sert à rien si personne ne le reconnaît. Il faut que ce signe de la main soit connu par le plus grand nombre, mais aussi par ceux et celles qui porteront secours. TikTok a fait une partie du travail de diffusion. Mais en dehors des générations connectées, combien de parents, de grands-parents, d’enseignants, de chauffeurs de bus savent ce que signifie ce poing serré avec le pouce à l’intérieur ?

La question mérite d’être posée : est-ce que nos enfants savent qu’ils peuvent utiliser ce geste ? Est-ce qu’on leur apprend qu’ils ont des outils pour demander de l’aide même quand les mots sont impossibles ? Et surtout, est-ce qu’on forme les adultes qui les entourent à reconnaître ce signal, enseignants, moniteurs sportifs, voisins de quartier ? La protection de l’enfance repose sur un réseau. Un geste ne suffit pas s’il tombe dans le vide.

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