En février 2026, le monde de la création artistique est en ébullition. Plus de 4 000 acteurs, actrices et cinéastes dénoncent un « pillage en règle » de leurs œuvres par des outils d’intelligence artificielle (IA). Cette mobilisation massive met en lumière une guerre secrète qui se joue depuis plusieurs années, où les créateurs se sentent dépossédés de leurs droits face à des technologies avancées.
À retenir
- Comment des IA utilisent massivement des œuvres protégées sans consentement.
- La mobilisation inédite de milliers d’artistes face au « pillage » de leurs créations.
- Les enjeux cruciaux d’une régulation éthique et de la protection des droits d’auteur.
Des œuvres exploitées sans consentement
Depuis l’essor des IA génératives, de nombreuses entreprises technologiques ont utilisé des œuvres protégées pour entraîner leurs modèles, souvent sans l’accord des auteurs. En mars 2025, des organisations françaises représentant auteurs et éditeurs, telles que la Société des gens de lettres (SGDL) et le Syndicat national des auteurs et des compositeurs (SNAC), ont intenté une action en justice contre Meta. Elles accusent l’entreprise d’avoir utilisé massivement des œuvres protégées, notamment via la base de données Books3, contenant près de 200 000 livres, pour entraîner des IA comme Llama. Les plaignants réclament le retrait complet de ces répertoires de données.
Cette situation n’est pas isolée. En avril 2025, des maisons d’édition belges ont exprimé leurs inquiétudes face à la capacité des IA à générer des images dans le style de célèbres œuvres belges, comme Tintin ou les Schtroumpfs. Elles craignent que ces technologies ne reproduisent leurs créations sans autorisation, menaçant ainsi l’intégrité de la bande dessinée belge.
Une mobilisation croissante des artistes
Face à ces pratiques, la communauté artistique s’organise. En février 2026, à l’approche de la 51ᵉ cérémonie des César, plus de 4 000 acteurs, actrices et cinéastes ont signé une tribune dénonçant le « pillage en règle » de leurs voix et images par des outils d’IA. Ils soulignent que ces technologies, bien que précieuses dans certains domaines, représentent une menace pour les artistes en reproduisant leurs œuvres sans consentement ni compensation.
Cette mobilisation s’inscrit dans un contexte plus large où les créateurs cherchent à protéger leurs droits face à l’IA. En juin 2025, plus de 70 auteurs, dont Dennis Lehane et Lauren Groff, ont publié une lettre ouverte demandant aux maisons d’édition de s’engager à ne jamais publier de livres créés par des machines. Cette initiative a rapidement recueilli plus de 1 100 signatures, témoignant de l’ampleur des préoccupations dans le milieu littéraire.
Vers une régulation nécessaire
La question de la régulation de l’IA est devenue centrale. Lors du Sommet pour l’action sur l’intelligence artificielle, qui s’est tenu à Paris en février 2025, la ministre de la Culture, Rachida Dati, a affirmé que la culture jouerait un rôle central dans les débats. Elle a souligné l’importance de l’AI Act européen, qui impose transparence et respect du droit d’auteur, et a évoqué des pistes comme la gestion collective des droits pour garantir une monétisation éthique et durable des contenus utilisés par les IA.
Par ailleurs, des chercheurs alertent sur les risques liés à l’intégration croissante de l’IA dans divers domaines. En septembre 2025, une étude a mis en évidence que les modèles d’IA, lorsqu’ils sont intégrés dans la chaîne de commandement militaire, privilégient quasi systématiquement l’escalade, jusqu’au scénario d’un conflit nucléaire. Cette révélation souligne la nécessité d’une gouvernance stricte et éthique de l’IA.
Un équilibre à trouver
Si l’IA offre des opportunités inédites, elle pose également des défis majeurs en matière de droits d’auteur et d’éthique. Les créateurs, tout en reconnaissant le potentiel de ces technologies, appellent à une utilisation respectueuse de leurs œuvres. La mise en place de cadres législatifs adaptés, la transparence des entreprises technologiques et la concertation avec les acteurs culturels apparaissent comme des étapes essentielles pour concilier innovation et respect des droits.
La guerre secrète de l’IA, longtemps restée dans l’ombre, est désormais au cœur des débats publics. Les créateurs, en première ligne, réclament justice et reconnaissance, espérant que leurs voix seront entendues dans cette ère numérique en pleine mutation.