29 € versés par élève en 4e et 5e primaires : le petit matériel encore réclamé aux familles atteint un tout autre montant

Vingt-neuf euros. C’est la somme que la Fédération Wallonie-Bruxelles versera cette année à chaque école primaire par élève de 4e et 5e année pour financer le petit matériel scolaire, désormais censé être gratuit. Problème : selon une enquête de la Ligue des familles menée auprès de 1146 familles, les parents ont dépensé en moyenne 102 euros pour ce même poste lors de la rentrée 2025. Les écoles de la FWB recevront 29 euros par élève du primaire pour financer la gratuité des fournitures scolaires, désormais étendue aux 4e et 5e années, alors que les parents concernés ont dépensé en moyenne 102 euros pour le petit matériel à la rentrée 2025. L’écart, de 73 euros, ne s’évapore pas comme par magie.

À retenir

  • Un budget divisé par trois alors que la gratuité s’étend à deux années supplémentaires
  • Les écoles doivent trouver 73€ manquants : qui paiera réellement la facture ?
  • Le secondaire reste totalement exclu avec des dépassements de 200€+ par élève

Une gratuité étendue, mais une enveloppe réduite de moitié

Le principe part pourtant d’une bonne intention. Depuis 2021, le Pacte pour un enseignement d’excellence organise l’extension progressive de la gratuité scolaire en Fédération Wallonie-Bruxelles. À la rentrée 2023, la gratuité des fournitures scolaires s’est étendue à la 1re et à la 2e primaire, et à la rentrée 2024, c’est également le cas pour la 3e primaire. Cette année, le mécanisme franchit une nouvelle étape en touchant la 4e et la 5e primaire.

Sur le papier, une bonne nouvelle pour les familles. Dans les faits, la Ligue des familles pointe un tour de passe-passe budgétaire. Jusqu’à l’an dernier, les écoles primaires recevaient 77 euros par enfant pour les années couvertes par la gratuité (1re, 2e et 3e primaires). Le montant tombe à 29,42 euros cette année scolaire et à 24,52 euros ensuite (de 62,58 à 20,46 euros en maternelle). le gouvernement élargit le nombre d’années concernées tout en divisant par près de trois le budget alloué par enfant. Une équation qui ne tient pas, à moins que les écoles trouvent l’argent ailleurs.

73 euros à trouver : qui va payer la différence ?

La directrice générale de la Ligue des familles ne mâche pas ses mots sur les conséquences concrètes de cette réforme. « Pour financer le surplus, les écoles devront rogner sur d’autres postes importants, à moins qu’elles augmentent d’autres frais mis à charge des parents », avertit Madeleine Guyot. Deux scénarios se dessinent alors, et aucun n’est réjouissant : soit les établissements réduisent leurs dépenses sur d’autres lignes budgétaires (matériel pédagogique, activités, entretien), soit ils reportent la facture sur les familles via d’autres canaux, activités culturelles, sorties, ou fournitures qui échappent techniquement au cadre de la gratuité.

Les marges de manœuvre du côté des ménages sont pourtant déjà limitées. Les marges d’économie paraissent limitées. Plus de 90% des familles réutilisent déjà du matériel d’une année à l’autre. Quand un rachat s’impose, ce n’est presque jamais un caprice. Quand elles rachètent, c’est d’abord pour remplacer des fournitures abîmées ou épuisées (80% des cas), ensuite parce que l’école réclame du matériel que l’élève ne possède pas encore (44%). Seuls 10% des rachats neufs répondent à un souhait du parent ou de l’enfant. Le petit matériel qui traîne encore dans les cartables belges n’a donc rien d’un luxe superflu, il correspond à un besoin réel documenté chiffre après chiffre.

Un détail mérite d’être rappelé : légalement, les écoles primaires n’ont pas le droit d’imposer l’achat de manuels, cahiers d’exercices ou revues comme support de cours. L’école n’est pas en droit de vous imposer l’achat de manuel scolaire, cahier d’exercices ou de revue comme support de cours. Si vous n’êtes pas en situation de financer ces achats, l’école doit fournir gratuitement ces supports de cours à votre enfant (via des photocopies, prêt…). Une disposition trop souvent ignorée, y compris par certains établissements eux-mêmes.

Le secondaire, grand oublié de la gratuité

Si le primaire connaît des tensions, le secondaire reste, lui, totalement exclu du mécanisme, et la facture y explose littéralement. En secondaire, où la gratuité ne s’applique pas, la facture reste la plus lourde, avec 151 euros de petit matériel, 150 euros de manuels et 79 euros de photocopies par élève, pour un plafond légal fixé à 75 euros. Le plafond légal existe donc, mais il est allègrement dépassé dans la réalité du terrain, sans que cela ne semble déclencher de contrôle systématique.

À cela s’ajoute une dépense que peu de familles anticipent au moment de l’inscription : l’ordinateur portable. L’école impose la possession d’un ordinateur personnel à 29% des élèves du secondaire et celui-ci s’avère nécessaire en pratique pour 44% d’entre eux. Le matériel informatique coûte en moyenne 333 euros. Un montant qui, cumulé au reste, transforme la rentrée en un exercice budgétaire redoutable pour de nombreux ménages, particulièrement ceux avec plusieurs enfants scolarisés simultanément.

Ce que la loi autorise réellement de vous réclamer

Face à cette confusion entretenue entre ce qui est dû, ce qui est toléré et ce qui relève de l’abus, un rappel des règles s’impose. En primaire, l’école peut légalement demander une contribution pour trois types de frais : les cours de natation, les activités culturelles et sportives, et les voyages scolaires, tous déplacements compris. Au niveau de l’enseignement primaire ordinaire ou spécialisé, l’école est en droit de vous demander une participation financière pour : Les cours de natation (déplacement compris). Les activités culturelles et sportives (déplacement compris). Les voyages scolaires (déplacement compris). Ces frais sont plafonnés et indexés chaque année, avec par exemple un maximum de 54,11 euros pour les activités culturelles et sportives durant l’année 2024-2025. Les frais relatifs aux activités suivantes sont également autorisés sous réserve du respect de plafonds indexés annuellement : – Les activités culturelles et sportives (plafonnés à 54,11 € par année scolaire en 2024-2025). Tout ce qui sort de ce cadre est en principe interdit. Tous les frais scolaires autres que ceux repris ci-dessus sont interdits et ne peuvent pas être réclamés aux parents. L’accès à l’enseignement est gratuit dans les écoles organisées ou subventionnées par la Communauté française.

Reste un angle mort que la Ligue des familles a bien identifié : certaines dépenses échappent totalement à toute logique de gratuité, quel que soit le niveau scolaire. Les tenues de gymnastique et de natation, les cartables et les plumiers demeurent à la charge exclusive des parents, année après année, sans plafond ni compensation. Les tenues de gymnastique et de natation, les cartables et les plumiers sont eux toujours à la charge des parents. De quoi relativiser l’ampleur réelle de cette gratuité scolaire tant vantée : sur le papier elle progresse, dans le portefeuille des familles, elle reste largement symbolique pour l’instant.

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