Depuis le 1er janvier 2026, la Région bruxelloise a refermé la porte à une nouvelle catégorie de véhicules : les diesels Euro 5 et les essences Euro 2 ne peuvent plus rouler dans la zone de basses émissions (LEZ) qui couvre les dix-neuf communes de la capitale. Après une phase d’avertissement, la sanction tombe désormais pour de bon : la première amende de 350 euros ne leur sera envoyée que 3 mois après la première infraction. Fini le simple courrier gentiment menaçant, place à la facturation.
À retenir
- Une décision de justice a forcé Bruxelles à appliquer immédiatement l’interdiction initialement prévue
- Le système d’amende fonctionne par fenêtres glissantes : vous ne serez sanctionné qu’une fois par an maximum
- Le calendrier de durcissement de la LEZ ne s’arrête pas en 2026 : d’autres normes Euro seront progressivement interdites jusqu’en 2036
Un rebondissement judiciaire qui a tout accéléré
Cette interdiction aurait dû entrer en vigueur début 2025. Elle a été reportée par une décision politique, avant d’être remise sur les rails par la justice. En octobre 2024, la Région bruxelloise avait voté une ordonnance repoussant l’interdiction des diesels Euro 5 à 2027. Ce report a été attaqué en justice, et la Cour constitutionnelle, par son arrêt n° 115/2025 du 11 septembre 2025, l’a suspendue au motif qu’elle violait le droit à la santé et à un environnement sain. Résultat : le calendrier initial a été restauré au pas de course, et depuis janvier 2026, les diesels Euro 5 et antérieurs sont interdits à Bruxelles.
L’enjeu sanitaire n’est pas anecdotique. Les véhicules progressivement exclus de la LEZ ne sont pas un détail statistique : selon Bruxelles Environnement, les véhicules désormais interdits à la circulation représentent 40% des émissions de NOx issues du transport, et une quantité significative de particules fines. un cinquième du parc automobile concentre presque la moitié de la pollution routière au dioxyde d’azote de la ville. Voilà pourquoi la Région n’a pas cédé face au recours juridique et a choisi de tenir le calendrier initial, quitte à fâcher une partie des automobilistes.
Comment fonctionne la mécanique de l’amende
Le système n’a rien d’un piège immédiat, mais il ne pardonne pas non plus l’inaction prolongée. À la première infraction constatée par les caméras de lecture de plaques, aucune amende n’arrive dans la boîte aux lettres. Après une première infraction constatée, vous recevez un courrier d’avertissement, qui vous informe que votre véhicule ne respecte plus les critères d’accès à la LEZ et vous laisse le temps de vous mettre en règle avant un prochain passage. Ce délai de grâce dure trois mois. Passé ce cap, si rien n’a changé, la sanction tombe : une amende de 350 € pourra être infligée à partir de 3 mois après la première infraction.
Le montant n’est pas choisi au hasard. Cette amende correspond au prix du futur pass annuel, une manière pour la Région de dire que payer une fois l’amende revient, en théorie, à financer un an de circulation dérogatoire. Bonne nouvelle pour les budgets serrés : elle peut être payée en 4 mensualités, voire en 10 mensualités sur demande. Autre subtilité utile à connaître, le système applique une logique de fenêtre glissante plutôt qu’un cumul infini de PV : Bruxelles Fiscalité n’émettra pas de nouvelle amende pendant les 12 mois suivant l’infraction, une nouvelle sanction ne pourra donc intervenir qu’à partir de la même date l’année suivante, à condition d’avoir réglé la première facture. Un conducteur non conforme mais rare en ville ne sera donc pas harcelé à chaque passage, contrairement à ce que certains redoutaient.
Qui est concerné, et comment échapper à la douloureuse
Le simulateur officiel de la LEZ reste l’outil le plus fiable pour savoir si son véhicule tombe sous le coup de l’interdiction. Il suffit d’indiquer la plaque et la date de première immatriculation du véhicule pour obtenir une réponse claire. Un détail surprend souvent les automobilistes : ce n’est pas l’état réel du moteur qui compte, mais sa catégorie administrative. La date d’immatriculation prime, indépendamment de l’entretien ou du kilométrage réel du véhicule.
Pour ceux qui ne peuvent pas immédiatement changer de voiture, plusieurs échappatoires existent, à utiliser avec discernement. Le pass journalier permet d’entrer ponctuellement dans la zone moyennant 35 €/jour, jusqu’à 24 fois par an via lez.brussels. Une solution qui reste tout de même trois fois plus onéreuse par jour que le prix d’un abonnement mensuel STIB, ce qui en dit long sur la stratégie dissuasive derrière ce tarif. Autre option, moins coûteuse à long terme : se garer dans un parking de transit en périphérie et terminer le trajet en transports en commun, une solution que la Région met en avant sur ses supports officiels. Enfin, des dérogations existent pour des cas précis, notamment les véhicules de collection de plus de trente ans, sous réserve d’en faire la demande formelle.
Bruxelles n’est pas seule, mais elle frappe plus fort
La comparaison régionale mérite d’être posée, tant les règles diffèrent d’une ville à l’autre en Belgique. À Anvers et à Gand, les deux autres grandes zones de basses émissions du pays, l’amende plafonne à 150 euros, soit moins de la moitié du tarif bruxellois. La Wallonie, de son côté, a fait un choix radicalement différent : elle a purement et simplement abandonné le principe de LEZ régionale en 2024, et aucune commune wallonne n’a depuis instauré de dispositif équivalent. Cette fragmentation crée une véritable mosaïque réglementaire à l’échelle du pays, où un même véhicule peut circuler librement à Liège mais se voir sanctionné à quelques kilomètres de la frontière régionale bruxelloise.
Un point mérite d’être gardé en tête pour l’avenir : la LEZ bruxelloise ne va pas s’arrêter aux Euro 5 diesel. Le calendrier régional prévoit un durcissement progressif jusqu’en 2036, avec l’exclusion programmée de normes Euro de plus en plus récentes. le diesel n’a pas seulement perdu une bataille en 2026, il perd la guerre par étapes, année après année, jusqu’à sa disparition complète programmée du centre de la capitale.
Sources : bruxelles.be | environnement.brussels | lez.brussels