Ma mutuelle a augmenté de 6% : j’ai découvert la clause que personne ne lit et qui change tout

Augmentation masquée en pleine inflation et méfiance généralisée : en 2026, les mutuelles belges affichent une hausse moyenne de 6,35 % selon Selectra, malgré l’annonce du gel des tarifs par le Parlement l’an dernier. Cette surprise a des répercussions directes sur le portefeuille de milliers de ménages belges, qui pensaient voir leurs cotisations rester stables pour au moins douze mois. Une histoire de clause, passée inaperçue lors de la signature du contrat, vient rebattre les cartes, et redistribue silencieusement le poids de la facture santé.

À retenir

  • Une clause cachée dans les contrats permet des hausses malgré le gel officiel.
  • Certaines augmentations atteignent jusqu’à 10%, souvent sans explications préalables.
  • Des recours existent pour résilier ou changer de mutuelle sans perte de droits.

Ce qui change concrètement

Le vote du gel des tarifs par le Parlement en 2025 laissait espérer un moment de répit pour le budget santé. D’après le baromètre Selectra, les cotisations de mutuelle ont pourtant augmenté en moyenne de 6,35 % début 2026. Selon les régions et les opérateurs, certains assurés découvrent ce mois-ci une hausse allant jusqu’à 10 % sur leur avis d’échéance, et souvent sans le moindre courrier explicatif en amont.

Comment est-ce possible ? Officiellement, le « gel » ne concerne que les cotisations de base fixées réglementairement. Les mutuelles belges, organisations souvent mêlant missions sociales et prestations facultatives, conservent la liberté d’ajuster les « compléments ». Il s’agit des garanties supplémentaires (dentaire, hospitalisation, pharmacie étendue, lunettes…) ajoutées en option au socle légal. Or, la fameuse clause d’ajustement, cachée dans les conditions générales, autorise une adaptation annuelle des tarifs en dehors du contrôle direct des autorités, sur la base du coût réel des soins ou d’un simple réajustement budgétaire de la mutuelle.

Avant ce rebond, les hausses oscillaient en général entre 1 et 2,5 % par an, quasiment invisibles face à l’inflation galopante. Cette année, la pilule passe mal : pour une formule complémentaire à 40 € mensuels, la note grimpe mécaniquement de plus de 30 € sur douze mois. Le pire : cette augmentation s’applique le plus souvent par tacite reconduction, à la date anniversaire du contrat, si l’assuré ne résilie pas dans les délais prescrits.

Qui est concerné ?

La hausse ne frappe pas tous les Belges au même niveau. Les mutuelles couvrent une multitude de situations, du salarié surprotégé à la famille nombreuse jonglant avec les postes de dépense, en passant par les indépendants souvent clients de garanties optimisées.

Profils particulièrement touchés :

  • Jeune salarié qui a opté pour une hospitalisation premium (un supplément de 6,35 % équivaut à environ 3 € par mois sur un contrat classique à 48 €).
  • Famille avec deux enfants, pack complet dentaire et optique : la contribution annuelle peut s’envoler de plus de 70 €, et parfois sans possibilité de retour arrière en cours d’année.
  • Seniors : les plus de 65 ans constituent la cible prioritaire des hausses, avec des garanties dont le prix est déjà supérieur à la moyenne (plus de 60 € mensuels pour certaines offres hospitalisation + maladies chroniques).

En revanche, l’affiliation de base, obligatoire et légale, reste gelée par décret. Cela signifie que les bénéficiaires du régime minimum (allocataires sociaux, étudiants affiliés via les parents…) échappent à la hausse tant qu’ils ne souscrivent aucun complément. Mais la réalité est moins rose pour les millions de Belges qui comptent sur un remboursement accru des frais médicaux non pris en charge par l’assurance maladie obligatoire.

Comment en profiter ou s’en protéger ?

Pour les ménages qui découvrent cette hausse sur leur avis de paiement, il reste possible d’agir. Première étape : consulter précisément la section « révision des tarifs » ou « adaptation des cotisations » dans les conditions générales reçues à l’adhésion (ces documents sont aussi accessibles dans l’espace membre du site de chaque mutualité).

Si la hausse excède ce que prévoit votre contrat ou n’est pas suffisamment justifiée (absence de notification préalable, taux opaque…), il devient possible de résilier la garantie complémentaire sans frais. Attention : la loi belge sur les contrats d’assurance santé (Arrêté royal du 4 avril 2019 portant fixation des règles relatives aux assurances complémentaires santé) impose aux assureurs de prévenir les assurés au moins 30 jours avant toute adaptation tarifaire, sous peine de nullité.

L’autre levier : la concurrence. changer de mutuelle ou simplement de plan complémentaire se révèle souvent rentable. Plusieurs comparateurs indépendants permettent aujourd’hui de simuler le coût d’une affiliation avec les mêmes garanties ailleurs. Selon Test-Achats, certains contrats surchargés d’options gonflent artificiellement la note pour des remboursements similaires à des packs plus simples et moins chers.

Enfin, depuis la réforme de 2024 sur la portabilité des droits, il est possible de transférer son affiliation sans perdre l’ancienneté ni se heurter à un nouveau délai de carence. Il suffit de suivre la procédure en ligne proposée sur le portail mutuelles.be ou auprès de l’INAMI, pour initier la migration et éviter un « trou » de couverture lors du changement.

Quels recours en cas de litige ?

Certains assurés se sentent piégés par cette « clause invisible ». Dans ce cas, l’appel au service de médiation des assurances (Ombudsman des Assurances) offre une voie de sortie sans frais judiciaire. Les plaintes traitées concernent très souvent la transparence de l’information lors des révisions tarifaires, un serpent de mer du secteur, selon les chiffres publiés par le médiateur.

Une hausse récurrente appelée à durer ?

L’augmentation de 2026 ne semble pas résulter d’une crise passagère. Les coûts de la santé poursuivent leur envolée, portés par l’innovation thérapeutique, le vieillissement démographique et la volonté politique de contenir le déficit de la sécurité sociale. Dans ce contexte, les assureurs complémentaires défendent leur marge d’ajustement comme une compensation « nécessaire ». Mais la confiance reste fragile : si l’usage de la « clause d’ajustement » persiste et s’étend aux autres assurances santé (hospitalisation, soins dentaires, etc.), les consommateurs devront redoubler de vigilance sur la lecture des petits caractères et le suivi de leur enveloppe santé.

Boucler la boucle, ce n’est pas geler les tarifs à tout prix : c’est rendre transparent le rapport entre le coût réel des prestations, l’évolution des remboursements, et ce que chaque Belge paye chaque mois. À suivre : le débat parlementaire sur une éventuelle harmonisation des pratiques, annoncé pour l’été 2026, pourrait enfin rendre illégales les hausses automatiques non justifiées. La clause que personne ne lise longtemps ?

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