Le 12 août 2026, à Hafnarfjörður, une ville nichée au sud de Reykjavík, la lune va recouvrir entièrement le soleil pendant exactement 1 minute et 4 secondes. Björk, elle, a décidé d’en faire une rave. Pas un concert classique, pas une installation silencieuse dans un musée : une rave en plein air, sous le ciel qui bascule dans le noir, avec des DJ sets et des basses qui font trembler un parc de sculptures. La dernière fois qu’une éclipse solaire totale a traversé l’Islande, c’était le 30 juin 1954. La prochaine après celle du 12 août 2026 ne se produira pas avant juin 2196. Autant dire que l’artiste islandaise n’a pas raté l’occasion.
À retenir
- Une éclipse solaire totale ne se produira plus en Islande avant 170 ans après le 12 août 2026
- Björk a conçu cet événement comme une convergence intentionnelle entre art, musique et phénomène naturel
- L’exposition Echolalia à la Galerie nationale d’Islande intègre rituel, écologie et héritage familial activiste
Une convergence de trois événements
Selon les organisateurs, l’événement fait partie d’un programme culturel plus large lié à l’exposition de Björk à la Galerie nationale d’Islande et au 40e anniversaire de Smekkleysa : « Tout est là quand trois choses se produisent : une éclipse solaire, l’exposition de Björk à la Galerie nationale d’Islande, et le 40e anniversaire de Smekkleysa. »
L’événement marque en effet les 40 ans de Smekkleysa, le label et disquaire islandais qui a joué un rôle majeur dans la scène musicale alternative du pays, et dans la carrière de Björk elle-même. Fondé par des membres des Sugarcubes, Smekkleysa reste un label actif, un disquaire vinyle et un hub culturel, et accueille encore occasionnellement des DJ sets de Björk elle-même. Trois décennies d’une contre-culture musicale insulaire, célébrées sous une obscurité totale. Le symbole est presque trop beau pour être prémédité, et pourtant tout l’est.
Baptisé Echolalia, ce festival d’une journée se tiendra à Víðistaðatún, Hafnarfjörður, le mercredi 12 août. Le parc de sculptures de Víðistaðatún a été choisi pour sa position privilégiée dans la trajectoire de la totalité. En plus du DJ set de Björk, le public pourra assister à une performance d’Arca, figure majeure de la scène électronique, ainsi que des artistes locaux Sideproject et Ronja Jóhannsdóttir. Des noms supplémentaires doivent encore être annoncés.
Echolalia : l’exposition qui donne du sens à la rave
Ce festival n’est pas une opération commerciale habillée de cosmique. L’exposition Echolalia, qui mêle rituel, écologie et mythologie islandaise, a ouvert le 30 mai 2026 à la Galerie nationale d’Islande dans le cadre du Reykjavík Arts Festival. La Galerie nationale d’Islande présente une exposition de Björk dont les travaux repoussent sans relâche les frontières conventionnelles, entremêlant art, nature et technologie. Trois chansons y sont présentées à une échelle théâtrale pour la première fois : deux œuvres élégiaques, Ancestress et Sorrowful Soil, composées par Björk en hommage à sa mère, accompagnées d’une nouvelle œuvre tirée de son prochain album.

Sorrowful Soil est une composition chorale en plusieurs parties dédiée à la mère de Björk, l’activiste environnementale Hildur Rúna Hauksdóttir, décédée en 2018. La vidéo, de forme ovale, flotte au-dessus des coulées de lave du volcan Fagradalsfjall en éruption, et distribue chaque voix du chœur Hamrahlíð à travers trente haut-parleurs distincts disposés dans toute la galerie, créant une transition sensorielle fluide entre expérience individuelle et collective.
L’hommage à sa mère n’est pas anodin. Hildur Rúna Hauksdóttir était une activiste qui protestait notamment contre le développement de la centrale hydroélectrique de Kárahnjúkar en Islande. L’engagement écologique n’est pas un accessoire dans l’œuvre de Björk, c’est une transmission familiale. Son incursion la plus récente dans le monde muséal avant cet été avait consisté à créer une installation sonore immersive pour le Centre Pompidou à Paris, utilisant l’intelligence artificielle pour reproduire les cris d’animaux en voie de disparition ou déjà éteints.
Le titre de l’exposition, Echolalia, fait référence à un terme qui décrit la répétition de sons ou de mots entendus chez autrui, typiquement observée chez les enfants qui acquièrent le langage. Björk l’interprète comme une résonance créative bien plus profonde, rassemblant des couches de mémoire, de transmission culturelle et du pouvoir rituel de la voix. Un concept qui prend une dimension particulière quand on danse sous une éclipse : la nature elle-même répète un cycle vieux de milliards d’années.
Une minute et quatre secondes de noir total, et après ?
Le moment le plus fort de la journée sera sans doute cette minute et quatre secondes de « totalité », quand la lune occultera entièrement le soleil, plongeant le paysage dans l’obscurité. L’éclipse durera environ deux heures au total, pendant lesquelles le site sera baigné d’une lumière diffuse et presque irréelle. Danser pendant que le ciel passe du bleu à l’encre noire, c’est l’expérience que promet Echolalia.

L’événement s’inscrit dans une tradition personnelle de Björk. Elle DJ-era aux côtés du musicien vénézuélien Arca dans le cadre de ses soirées Mánakvöld, une série qui connecte musique et phénomènes naturels. Ces soirées de danse sous la pleine lune, organisées depuis des années, prennent ici une ampleur inédite : « Cette fois, la danse aura lieu sous une éclipse solaire totale », précise le communiqué des organisateurs.
Les billets sont déjà en vente, avec des options d’achat de marchandises collector comprenant une compilation de nouvelle musique islandaise curatée par Björk, un exemplaire signé de son album orchestral avec le chœur Hamrahlíð, et un livre en édition limitée de Smekkleysa intitulé « World Domination or Death ». L’entrée au festival donne également accès à l’exposition Echolalia à la Galerie nationale d’Islande.
Pourquoi l’Islande, pourquoi maintenant
Le 12 août 2026, l’Europe assistera à la première éclipse solaire totale visible depuis le continent depuis le 11 août 1999. La bande de totalité traversera l’Arctique, l’Islande et le nord de l’Espagne, tandis que la France ne verra qu’un phénomène partiel. La météo islandaise en août offre environ 40 % de chances de ciel dégagé, ce qui fait de ce choix un pari assumé, et parfaitement cohérent avec l’esthétique de Björk, qui n’a jamais cherché le confort de la certitude.
Pour comprendre l’univers créatif de Björk, il faut sortir de Reykjavík. Une grande partie de son langage visuel est enracinée dans les paysages islandais, des endroits qui semblent à la fois bruts, cinématographiques et hors du monde. Visit Iceland, qui met en avant cette programmation exceptionnelle, y voit une convergence rare : un phénomène astronomique, une artiste dont le travail dialogue avec la nature depuis trois décennies, et un pays qui n’aura plus jamais cette occasion au XXIe siècle.
Pour les visiteurs qui souhaitent prolonger l’expérience au-delà du 12 août, le Kvosin Hotel constitue une option bien située, à distance à pied de la galerie, avec des chambres nommées d’après des figures culturelles islandaises, dont Björk elle-même. L’hôtel propose des chambres Cosy à partir de 186 € la nuit (minimum deux nuits). Et pour ceux qui veulent pousser plus loin dans l’univers de l’artiste, novembre 2026 verra le retour du festival Iceland Airwaves à Reykjavík, autre rendez-vous de la scène musicale islandaise vivante. Un album de Björk est aussi annoncé pour 2027 — « Echolalia n’est pas le titre de mon prochain album. C’est un nom parapluie pour l’exposition. La nouvelle musique est une version d’une chanson. La version finale sera sur le nouvel album en 2027 », a-t-elle précisé elle-même sur Instagram. L’éclipse, elle, n’aura pas de suite avant cent soixante-dix ans.