Les erreurs qui réduisent votre pension : ce que les Belges découvrent souvent trop tard

Calculer sa pension en Belgique, cela commence bien avant la retraite. Pourtant, chaque année, des milliers de travailleurs découvrent seulement au moment de recevoir leur premier virement qu’un oubli, un malentendu ou un mauvais réflexe leur a coûté cher. Trop tard, hélas, pour corriger certaines erreurs. Retour sur ces pièges qui grignotent la pension, parfois irrémédiablement.

À retenir

  • Des trimestres oubliés peuvent coûter des milliers d’euros à la retraite.
  • Certaines périodes non travaillées ne sont pas automatiquement prises en compte.
  • Le cumul des statuts professionnels cache des pièges souvent méconnus.

Un parcours professionnel sous-estimé… ou mal relevé

Le relevé de carrière, ce document recense chaque trimestre travaillé, cotisé ou assimilé. Beaucoup se souviennent vaguement qu’il existe. Peu l’épluchent avant la cinquantaine, persuadés que l’administration suit tout ça à la lettre. Or, les bugs de déclaration ne sont pas rares : jobs étudiants oubliés, petits contrats passés sous silence, périodes de maladie non assimilées, stages non validés… L’erreur de l’ONSS ou du SPF Pensions n’a rien d’exceptionnel. Pour rappel, selon un rapport du Service fédéral des Pensions datant de 2023, plus de 70 000 dossiers ont nécessité une correction en 2022 suite à des contestations de carrière incomplète.

L’anecdote de Lucien, anversois retraité depuis 2024, circule sur certains forums de défense des seniors : après 40 ans de carrière, il manquait neuf trimestres à son historique pour cause de chômage économique non enregistré. Résultat : une pension amputée. Il a fallu six mois et l’aide d’une ancienne caisse syndicale pour régulariser la situation… et obtenir un rattrapage. Sans cette vigilance, la perte aurait été définitive.

Des périodes non assimilées ou oubliées

Le système belge intègre quelques subtilités : toutes les périodes non travaillées ne comptent pas pour le calcul de la pension. Certains congés parentaux, interruptions de carrière, maladies de longue durée ou formations ne sont assimilés que sous condition, par exemple la reconnaissance explicite de l’employeur ou le versement d’une indemnité sociale. L’employé qui multiplie les pauses imaginant que « tout comptera » à la retraite risque la désillusion. À l’inverse, des fonctionnaires ou salariés du secteur public découvrent que certaines années sont assimilées automatiquement, à la condition d’en faire la demande… Ce labyrinthe bureaucratique brouille la donne pour des milliers de futurs pensionnés.

La réintégration de ces « trous » exige patience et ténacité. Souvent, il faut fournir d’anciens fiches de paie, attestations d’employeurs ou justificatifs médicaux. Ceux qui attendent le dernier moment se heurtent parfois à la disparition de l’entreprise ou à des archives manquantes. « Je croyais que mes trois années de temps partiel allaient compter comme du temps plein. Faux. Je touche 180 € en moins chaque mois. Trop tard pour rectifier », confie Marie, ex-assistante sociale à Charleroi, interrogée en 2025 par la presse locale.

Le piège du cumul ou du mauvais statut

Changer de statut en cours de carrière – indépendant, salarié, fonctionnaire, employé international – impacte profondément la façon dont la pension sera calculée. Passer du secteur public au privé ou vice versa s’accompagne d’une complexité administrative surprenante : certains droits s’éteignent, d’autres s’ajoutent, mais le cumul n’est jamais automatique. Les indépendants qui n’ont pas systématiquement payé le montant minimum de cotisations ressentent douloureusement l’effet « carrière incomplète ».

De nombreux Belges optent pour une activité complémentaire tout en restant salariés, persuadés que chaque euro cotisé améliorera leur pension. Pourtant, le seuil de validation des « petit statuts » exclut parfois des trimestres entiers, car il faut avoir atteint un revenu minimal annuel pour qu’une année de cotisations soit validée dans le calcul de la pension. Un piège subtil, peu expliqué, dans les brochures officielles.

La déclaration inexacte, talon d’Achille du système

Le cauchemar administratif trouve son apogée dans la déclaration incorrecte ou incomplète. Signature d’un contrat erroné, erreurs dans l’adresse, mauvaise déclaration de périodes de travail à l’étranger : l’administration ne recoupe pas toujours l’ensemble des données. Un chiffre : selon le rapport annuel du Service Fédéral des Pensions publié en 2025, près de 60 % des contestations concernent des erreurs de déclaration d’employeurs ou des omissions dans les périodes d’activité. Non, la digitalisation tous azimuts n’a pas effacé le problème… Plutôt que de faire confiance aveuglément, mieux vaut prendre le temps de vérifier.

Le réflexe « MyPension » : simple, mais oublié

L’outil en ligne MyPension.be permet, depuis des années, de consulter gratuitement l’état de sa carrière et d’anticiper une estimation de sa pension légale. Pourtant, un sondage du SPF Pensions relayé en juin 2025 indiquait que moins de la moitié des titulaires de droits y avaient jamais accédé avant 55 ans. Méfiez-vous : laisser dormir une inexactitude, c’est risquer une surprise désagréable à la liquidation des droits.

Encadré pratique : trois gestes qui sauvent des années de pension

  • Vérifiez chaque année votre relevé de carrière sur MyPension.be et signalez toute anomalie dès que possible au SPF Pensions ou à votre caisse d’assurance sociale.
  • Conservez précieusement fiches de paie, attestations de chômage, d’indemnités maladie et justificatifs d’interruptions de carrière dès aujourd’hui, même numériques.
  • Dès un changement de statut (passage au régime indépendant, reprise d’activité à l’étranger…), prenez rendez-vous avec un conseiller spécialisé pour éviter les oublis de déclaration ou d’assimilation.

Un détail peut valoir des milliers d’euros sur vingt ans de retraite. Si on devine que l’administration n’a pas encore atteint la perfection, la responsabilité du contrôle pèse aussi sur le pensionné lui-même. Le vrai piège, en définitive, c’est la passivité : attendre la pension sans jamais intervenir, c’est s’exposer à perdre ce qui aurait pu être corrigé à temps.

La pension n’est plus seulement un droit acquis d’avance, mais le résultat d’un parcours administratif semé d’embûches. Plus on s’y penche tôt, plus on s’épargne les mauvaises surprises. Qui sait, à force de vigilance collective, verra-t-on un jour un système enfin transparent, sans défaillance ni dossier perdu ? Voilà un rêve de société, pas si utopique que ça.

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