Deux millions de Belges bénéficient aujourd’hui du statut BIM, celui qui permet de payer nettement moins cher chez le médecin, à la pharmacie ou à l’hôpital. Mais une partie d’entre eux l’ignore complètement, alors même que leur mutualité leur a déjà accordé ce droit sans qu’ils aient rien demandé. Résultat : ces ménages continuent à sortir le portefeuille au tarif plein, persuadés qu’une démarche administrative est nécessaire, alors que le dossier est déjà réglé quelque part dans les systèmes de leur organisme assureur.
La confusion vient d’un malentendu très répandu. Beaucoup de gens pensent, comme le résume la phrase qui donne son titre à cet article, qu’il faut toujours « en faire la demande ». C’est vrai dans certains cas. Mais pas dans tous, loin de là.
À retenir
- Des catégories entières de Belges reçoivent automatiquement le statut BIM sans rien demander, mais l’ignorent
- Depuis octobre 2024, les chômeurs et malades de longue durée isolés basculent dans le statut protégé sans formulaire
- La vérification de son droit ne prend que cinq minutes, mais attendre trop longtemps peut coûter très cher
Des catégories entières bénéficient du statut sans lever le petit doigt
Le mécanisme est en réalité à trois vitesses. Pour une partie des affiliés, le droit à l’intervention majorée est octroyé automatiquement par la mutuelle aux bénéficiaires d’un revenu d’intégration sociale, d’une aide sociale accordée par le CPAS, de la garantie de revenus aux personnes âgées, d’une allocation aux personnes handicapées, ainsi qu’aux enfants porteurs d’un handicap physique ou mental d’au moins 66% et aux enfants orphelins de père et de mère. Dans ces situations précises, aucune démarche n’est nécessaire : la mutualité reçoit l’information directement des administrations et n’analyse même pas les revenus de la personne. Le droit s’étend d’ailleurs automatiquement au conjoint, au cohabitant et aux personnes à charge du bénéficiaire.
Le système s’est encore élargi récemment. Depuis le 1er octobre 2024, la personne isolée, avec ou sans enfants à charge, qui est au chômage depuis au moins trois mois, en incapacité de travail depuis au moins trois mois, ou en invalidité, bénéficie d’un droit semi-automatique au statut BIM. Dans ce cas, la mutualité vérifie tout de même le niveau de revenus, mais si les revenus sont inférieurs au plafond annuel prévu, la personne ne doit rien demander : elle reçoit le statut automatiquement. Cette extension a concrètement fait basculer des milliers de chômeurs et de malades de longue durée dans le statut protégé sans qu’ils aient à remplir le moindre formulaire.
Un quart des bénéficiaires potentiels s’ignorent
L’ampleur du phénomène a de quoi surprendre. Selon Solidaris, il y aurait près de deux millions de bénéficiaires de l’intervention majorée en Belgique, dont un quart s’ignore. Un porte-parole de la mutualité l’admettait déjà lors d’une précédente enquête sur le sujet : un certain nombre d’affiliés y ont droit automatiquement mais ne le savent pas, un phénomène propre à toutes les mutualités. Ce n’est donc pas un problème isolé à un organisme en particulier, mais une faille structurelle de communication qui traverse tout le secteur.
Qui sont ces gens qui passent à côté ? Souvent des personnes âgées isolées, des ménages précarisés qui changent fréquemment de situation administrative, ou simplement des affiliés qui n’ouvrent jamais les courriers de leur mutualité. Certaines personnes manquent d’information ou sont égarées dans les méandres de l’administration belge, souvent au sein d’une population isolée et précarisée. Pour tenter de rattraper ce non-recours, plusieurs mutualités ont mis en place des dispositifs de terrain, avec du démarchage téléphonique ciblé sur les plus de 65 ans notamment.
Ce que le statut change vraiment, factures à l’appui
La différence n’a rien de symbolique. Chez le médecin généraliste, avec un dossier médical global, la consultation revient à environ un euro pour un bénéficiaire BIM, contre plusieurs euros au tarif normal. Sur les médicaments, la part à charge du patient diminue nettement, passant par exemple de 25% à 15% pour la catégorie B des remboursements. À l’hôpital, le forfait journalier est réduit et certains suppléments sont carrément interdits pour les patients BIM.
Il y a aussi le fameux maximum à facturer social, qui fonctionne comme un filet de sécurité annuel. La mutualité rembourse tous les tickets modérateurs au-delà d’un total de 548,55 € dépensés sur une année civile par le ménage pour 2026. Concrètement, passé ce seuil, chaque frais médical est intégralement remboursé jusqu’à la fin de l’année. À cela s’ajoutent des avantages qui débordent largement du champ de la santé : réductions sur les abonnements SNCB, STIB, TEC ou De Lijn, accès facilité au tarif social de l’énergie, et parfois des réductions supplémentaires accordées par certaines communes.
Pour ceux qui ne rentrent dans aucune catégorie automatique, tout n’est pas perdu pour autant. Si les revenus du ménage sont faibles, une demande peut être introduite via une déclaration sur l’honneur auprès de la mutualité. En 2026, l’intervention majorée est accordée aux ménages dont le revenu annuel brut imposable ne dépassait pas 28 054,93 €, augmentés de 5 193,74 € par membre du ménage supplémentaire, sur base des revenus de l’année précédente. Cette voie reste, dans les faits, la plus fréquente puisqu’elle a concerné 1,3 million de Belges en 2025.
Comment vérifier sa situation sans attendre
La bonne nouvelle, c’est que la vérification prend cinq minutes. Il suffit de contacter sa mutualité, par téléphone ou via son espace personnel en ligne, pour savoir si le statut BIM figure déjà sur son dossier. Certaines mutualités proposent même des applications qui affichent en temps réel les droits déjà activés. Un simple appel peut donc suffire à découvrir qu’on payait le tarif plein depuis des mois, alors que la case était déjà cochée du côté de l’organisme assureur.
Un détail mérite d’être signalé, car il change concrètement la donne pour les retardataires : lorsque le droit à l’intervention majorée est accordé sur base des revenus, il ne s’applique pas rétroactivement à volonté. Mieux vaut donc vérifier sa situation dès aujourd’hui plutôt que de découvrir, des années plus tard, qu’on aurait pu économiser sur chaque visite chez le médecin depuis longtemps.
Sources : droitsquotidiens.be | partenamut.be