« On groupait nos commandes pour rester sous les 150 € » : depuis l’accord des ministres des Finances, on ne le fait plus

Grouper trois petites commandes Temu en une seule pour ne pas dépasser 150 € et échapper aux droits de douane : ce réflexe, des milliers de consommateurs belges l’avaient acquis ces dernières années. Depuis le 1er juillet 2026, il ne sert plus à rien. L’Union européenne a supprimé la franchise douanière qui exonérait tout colis de moins de 150 € en provenance d’un pays tiers, et remplacé ce système par une taxe forfaitaire qui s’applique désormais quel que soit le montant total du panier.

À retenir

  • Un mécanisme qui punissait la ruse des petits acheteurs belges disparaît du jour au lendemain
  • Les géants chinois du e-commerce préparent déjà leurs contre-attaques
  • Comment certains vendeurs échappent entièrement à cette nouvelle taxe

Le vieux réflexe du panier sous les 150 euros

La logique était simple, et parfaitement légale. Jusqu’à cette réforme, jusqu’au 30 juin 2026, un colis de moins de 150 € échappait aux droits de douane, seule la TVA restant due. Au-delà de ce seuil, des droits de douane variables s’ajoutaient à la TVA. Pour éviter cette addition, beaucoup d’acheteurs fractionnaient volontairement leurs achats, quitte à passer plusieurs commandes distinctes plutôt qu’une seule grosse.

Cette faille n’était pas anecdotique à l’échelle européenne. Face à un afflux qui a triplé en deux ans, les ministres des finances des vingt-sept États membres ont tranché le 13 novembre 2025 à Bruxelles. Le rapport du Sénat français sur la réforme douanière est sans détour sur les motivations de cette décision : l’essor du commerce en ligne transfrontalier a transformé cette franchise en outil massif d’optimisation commerciale, favorisant une sous-déclaration systémique de la valeur réelle des colis pour rester sous le seuil de 150 euros. le fractionnement des consommateurs belges n’était que le pendant, à petite échelle, d’une pratique bien plus large de contournement pratiquée par les plateformes elles-mêmes.

Ce qui change concrètement depuis juillet 2026

L’accord politique de novembre a été formellement adopté lors du Conseil ECOFIN du 12 décembre 2025, avec une entrée en vigueur anticipée. depuis le 1er juillet, la franchise douanière pour les Achats en ligne hors UE inférieurs à 150 euros est supprimée et remplacée par un droit de douane forfaitaire de 3 euros par article, en plus de la TVA. Le détail change tout : ce n’est pas un forfait par colis, mais par catégorie tarifaire d’article contenu dans l’envoi.

Un exemple parlant a été donné par un chef de service des douanes de l’aéroport de Liège à la RTBF : il s’agit d’une taxe européenne appliquée par ligne tarifaire, ce qui signifie que chaque article d’une catégorie différente se voit appliquer un forfait de trois euros. Si vous avez huit articles différents dans votre colis, cette taxe monte ainsi à 24 euros en tout, et parfois la valeur de la taxe sera supérieure à la valeur du colis. C’est précisément ce mécanisme qui rend le fractionnement des commandes inutile : grouper ou séparer ses achats ne change plus rien, puisque la taxe se calcule sur la nature des produits et non sur le montant global du panier. Là où l’ancien seuil récompensait la modération des paniers, le nouveau système punit la diversité des articles, qu’ils soient commandés en une fois ou en plusieurs fois.

Ce que ça coûte réellement pour un consommateur belge

En Belgique, c’est bpost qui reste l’opérateur chargé de calculer et de réclamer ces montants à la livraison pour les envois postaux privés. Depuis les réformes entrées en vigueur en 2026, quatre lignes de coûts distinctes peuvent s’appliquer : la TVA, les droits de douane si la valeur dépasse 150 €, un droit forfaitaire de 3 € par catégorie tarifaire pour les colis sous ce seuil, et les frais de dossier bpost. Un panier composé d’un haut, d’un jean et d’une paire de baskets achetés sur une plateforme chinoise entraîne donc, à lui seul, 9 € de taxe forfaitaire, avant même de compter la TVA et les frais de dossier du transporteur.

L’ampleur du phénomène justifie, selon l’administration belge, la fermeté de la mesure. Kristian Vandewaeren, administrateur général de l’Administration générale des Douanes et Accises, a détaillé la progression du volume à traiter : le nombre de déclarations est passé de près de 400 millions en 2023 à plus de 1,3 milliard en 2025, soit 3,6 millions de déclarations par jour, et au premier trimestre 2026, on est passé à plus de 5 millions de déclarations par jour. Le ministre belge David Clarinval a d’ailleurs comparé le système de contrôle des petits colis chinois à un « gruyère avec des trous », plaidant pour un renforcement des vérifications.

Cette accélération du calendrier n’a rien d’un hasard statistique. Selon la Commission, 91% des colis importés de pays tiers proviennent de Chine via ses plateformes telles que Shein, Temu ou AliExpress, ce qui explique pourquoi la réforme vise moins le consommateur belge lambda que les circuits massifs de fast fashion et de gadgets à bas coût qui saturaient les douanes européennes.

Une taxe provisoire, déjà contournée

Le forfait de 3 € par catégorie n’est pas gravé dans le marbre pour l’éternité. La mesure s’applique du 1er juillet 2026 au 1er juillet 2028 ; après cette période, les envois de faible valeur seront à nouveau soumis aux droits de douane normaux, comme toute autre importation dans l’Union européenne. Un frais de traitement européen supplémentaire, distinct de ce forfait, est par ailleurs attendu pour novembre 2026, ce qui alourdira encore la facture.

Reste que les géants chinois du e-commerce ne comptent pas rester les bras croisés. Une organisation de consommateurs a alerté sur les stratégies de contournement déjà à l’œuvre : Shein, Temu et les autres plateformes prévoient de contourner la redevance de 3 € sur les colis e-commerce importés de moins de 150 €, notamment en rapatriant une partie de leurs stocks dans des entrepôts situés en Europe, où les colis expédiés depuis l’UE échappent purement et simplement à la nouvelle taxe. Le fractionnement des paniers, lui, appartient définitivement au passé : la seule vraie parade qui reste aux acheteurs est de privilégier les vendeurs déjà inscrits à l’IOSS, ou de se tourner vers des produits stockés en Europe pour éviter la double, voire triple, addition douanière.

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