Mon beau-père ne s’écarte jamais de plus de quelques pas du sentier quand il ramasse ses myrtilles et ce n’est pas pour éviter de se perdre

Rester à quelques pas du sentier en cueillant des myrtilles n’a rien d’un réflexe de prudence contre l’égarement. C’est une habitude que beaucoup de cueilleurs aguerris appliquent sans forcément l’expliquer, et qui repose en réalité sur deux bonnes raisons bien concrètes : la réglementation forestière et un risque sanitaire méconnu, l’échinococcose alvéolaire, surnommée la maladie du renard.

À retenir

  • Une infraction invisible : pourquoi s’écarter du sentier en réserve naturelle peut constituer un délit
  • Le parasite qui dort 20 ans : une maladie rare mais mortelle sans traitement transmise par les renards
  • Trois gestes simples qui éliminent 99% du risque sanitaire sans renoncer au plaisir de cueillir

Une question de droit avant tout

En Belgique, la cueillette en forêt n’est jamais un droit acquis n’importe où. Tout dépend du statut du terrain. La règle de base avant d’entrer dans un bois ou une forêt consiste à se renseigner sur le propriétaire des lieux. En Région wallonne, on recense principalement trois types de propriétaires : la Région wallonne qui gère les forêts domaniales, les communes et des propriétaires privés. Et selon le cas, les règles changent du tout au tout.

Si le propriétaire est privé, soit celui-ci interdit l’accès à son bois et l’indique à l’entrée, soit il rend l’accès public et autorise le passage sur les chemins, auquel cas il convient de vérifier avec lui s’il autorise la cueillette dans sa propriété et selon quelles règles. Dans les forêts domaniales, la cueillette reste possible mais dans des volumes limités, une règle qui vaut aussi bien en Wallonie que dans d’autres régions frontalières où la tradition de la cueillette de myrtilles est ancrée depuis des générations.

Le vrai nœud du problème se situe ailleurs, dans les réserves naturelles. Beaucoup de zones à myrtilliers, notamment en Ardenne, se trouvent précisément dans ce type d’espace protégé. Or la circulation y est strictement encadrée : comme la circulation est interdite dans les réserves naturelles en dehors des chemins et sentiers, la cueillette est donc censée se faire depuis ceux-ci. s’écarter du sentier pour aller chercher les plus beaux fruits au cœur du sous-bois peut tout simplement constituer une infraction, indépendamment de la quantité récoltée. Et l’usage du peigne, cet outil qui ratisse la plante entière, y est généralement proscrit également.

Le vrai danger vient d’en bas

Au-delà de la loi, il y a une histoire de santé publique bien moins connue du grand public. Les myrtilles poussent au ras du sol, exactement à hauteur des déjections des petits carnivores sauvages. Or les renards sont porteurs, parfois sans le moindre symptôme, d’un ver parasite appelé Echinococcus multilocularis. Ses hôtes principaux sont les carnivores, comme les renards ou les chiens : le ver est présent dans leurs intestins et ses œufs se retrouvent dans les déjections de ces animaux.

La contamination humaine ne demande pas grand-chose. C’est en mangeant des baies sauvages souillées par des déjections de renard, ou au contact de son chien, que l’homme peut être contaminé accidentellement. Le plus inquiétant, c’est le temps de latence : il peut développer, après dix ou vingt ans d’évolution, une maladie grave touchant essentiellement le foie et les poumons. Vingt ans. De quoi oublier complètement d’où venait le geste fautif, une poignée de fruits avalés crus sans y penser un été, quelque part en forêt.

Heureusement, la maladie reste rare. L’échinococcose alvéolaire est une maladie rare, avec dix à vingt nouveaux cas par an en France, surtout en Franche-Comté, Lorraine, Rhône-Alpes et Auvergne. Mais sa gravité, elle, n’a rien de rassurant : en l’absence de traitement, l’échinococcose alvéolaire progresse et conduit au décès. Une prise en charge existe heureusement, entre traitement anti-infectieux prolongé et parfois chirurgie, mais autant ne jamais en arriver là.

Voilà où le lien avec le sentier devient limpide. Un renard marque son territoire à des endroits précis, souvent en retrait des zones les plus piétinées par l’homme. Un cueilleur qui se limite aux abords immédiats du chemin fréquenté réduit statistiquement ses chances de tomber sur une zone marquée. À l’inverse, s’enfoncer dans les fourrés denses et peu visités, c’est justement s’aventurer dans les coins que le renard privilégie pour ses passages.

Les gestes qui changent tout

La bonne nouvelle, c’est qu’aucune de ces précautions n’oblige à renoncer au plaisir de la cueillette. Trois réflexes suffisent à limiter très largement le risque, sans transformer la balade en corvée :

  • Éviter de consommer les baies crues directement sur pied, surtout celles ramassées près du sol ; ne pas consommer de baies ou plantes sauvages crues ramassées à moins de 60 centimètres du sol reste la règle la plus citée par les spécialistes
  • Bien laver les fruits une fois rentré, même si le lavage seul ne détruit pas totalement le parasite
  • Privilégier la cuisson quand c’est possible, sachant que la chaleur détruit le parasite à 60°C, contrairement au froid qui ne l’affecte pas

Repérer les indices de présence de renards aide aussi à affiner son instinct de cueilleur. Une odeur d’excrément inhabituelle, un petit monticule de terre ou une souche marquée doivent mettre la puce à l’oreille : mieux vaut chercher ses myrtilles ailleurs. Certains cueilleurs expérimentés recommandent même de privilégier les fruits situés en hauteur, sur les buissons les plus développés, plutôt que ceux tapis au ras du sol.

Le plus surprenant dans cette histoire, c’est que la Belgique ne dispose d’aucune carte officielle du risque comparable à celle publiée en France pour certaines régions de l’Est. Cela ne signifie pas que le parasite y est absent, la présence de renards urbains et périurbains étant en constante progression depuis plusieurs décennies dans le pays, mais simplement que la vigilance individuelle reste, pour l’instant, la meilleure des protections.

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