J’ai photographié l’étiquette d’une veste un mois avant les soldes : quand j’ai revu le prix barré le jour J, j’ai compris comment la promo était fabriquée

Un mois avant le début des soldes, j’ai pris une photo bête et méchante de l’étiquette d’une veste dans une enseigne bruxelloise : prix affiché, date notée au dos de mon téléphone. Le jour J, la même veste trônait avec un prix barré et une pastille « -40% » fièrement collée dessus. Mais le calcul ne correspondait à rien de ce que j’avais vu un mois plus tôt. Le prix « de référence » utilisé pour calculer la réduction n’était pas celui affiché avant les soldes, mais un prix plus élevé, jamais pratiqué en magasin durant les quatre semaines précédentes. Bienvenue dans la mécanique, parfois trouble, de la promo fabriquée.

À retenir

  • Un mois avant les soldes, une veste affichait un prix donné ; le jour J, la réduction était calculée sur un prix plus élevé jamais vu en magasin
  • La loi des 30 jours existe depuis 2022, mais les commerçants trouvent des failles : prix catalogue, prix conseillé, prix ‘habituel’ jamais pratiqués
  • Le réflexe simple mais efficace : photographier les étiquettes avant les soldes ou décoller l’étiquette promotionnelle pour voir ce qui se cache dessous

La règle des 30 jours, colonne vertébrale de la législation

Depuis 2022, la directive européenne dite « Omnibus » a changé la donne pour tous les commerçants, en ligne comme en magasin. Le principe est simple sur le papier : le prix de référence est le prix le plus bas que le vendeur a fixé pour le produit au cours des 30 derniers jours avant l’application de la réduction. Ce prix doit d’ailleurs être déterminé séparément selon le canal de vente, ce qui explique pourquoi un même article peut afficher des prix différents en boutique et sur le site web du même commerçant.

La logique derrière cette règle est limpide : empêcher un vendeur de gonfler artificiellement son prix juste avant une période promotionnelle pour ensuite annoncer un rabais spectaculaire qui, en réalité, ramène simplement l’article à son tarif habituel. Le SPF Économie le rappelle sans détour : les commerçants n’ont donc plus le droit d’augmenter artificiellement les prix fin juin (ou fin décembre) pour ensuite annoncer une baisse importante des prix à partir du 1er juillet ou du 3 janvier. Sur le terrain, l’Inspection économique multiplie les vérifications pendant les soldes, aussi bien en boutique physique que sur les sites marchands, comme l’a confirmé un porte-parole du SPF Économie.

Ce que révèle vraiment une étiquette décollée

Mon expérience de la veste n’a rien d’isolé. Test-Achats a mené l’enquête à plusieurs reprises et a mis au jour des pratiques qui, sans être toujours illégales à première vue, jouent clairement sur la confusion du consommateur. Certains vendeurs calculent leur pourcentage de réduction non pas sur le prix réellement pratiqué le mois précédent, mais sur le « prix catalogue » du fabricant ou sur un « prix de vente conseillé », des références qui n’ont souvent jamais correspondu au prix payé par qui que ce soit. Un exemple frappant relevé par l’association concerne un aspirateur robot vendu sur une marketplace : le revendeur affichait un aspirateur robot Xiaomi au prix de 328,81 € au lieu de 499 €, soit une réduction annoncée de 34 %, en utilisant le « prix catalogue » du fabricant de l’aspirateur, alors que la loi impose d’utiliser le prix le plus bas pratiqué durant le mois précédent.

Ce genre de montage n’est pas anodin : en gonflant le point de départ, le vendeur transforme une réduction réelle de quelques euros en un rabais à deux chiffres qui paraît irrésistible. Comme le résume Test-Achats, le seul prix de référence qui peut être utilisé pour calculer une promotion, c’est le prix le plus bas affiché par le vendeur durant les 30 derniers jours. Tout le reste, prix conseillé, prix catalogue, prix « habituel » jamais pratiqué en réalité, relève d’une zone grise que les juristes qualifient de pratique commerciale trompeuse. Une enquête antérieure de l’association a d’ailleurs révélé que certains ont la fâcheuse tendance à augmenter d’abord le prix, pour ensuite accorder un rabais, de sorte que le prix final pendant les soldes est tout aussi élevé que le prix de base hors soldes. Exactement le scénario que ma photo de veste a fini par démasquer.

Vérifier l’étiquette, une habitude à prendre

Le réflexe le plus efficace reste le plus artisanal : photographier ou noter les prix avant le début officiel des soldes. En magasin, il existe même une astuce concrète que Test-Achats recommande depuis des années, celle de décoller physiquement l’étiquette de réduction pour observer ce qui se cache dessous. Si le prix de base réapparaît plus élevé que celui affiché sous l’étiquette promotionnelle, quelque chose cloche. L’association conseille alors une démarche précise : « Si vous constatez que le prix affiché sur la nouvelle étiquette est plus élevé que celui en dessous, demandez au vendeur de pratiquer la réduction sur le prix le plus bas et n’hésitez pas à porter plainte à la Direction générale de l’Inspection économique. »

En pratique, cette plainte se dépose via la plateforme ConsumerConnect du SPF Économie. Vous pouvez toujours signaler l’infraction via ConsumerConnect. L’Inspection économique du SPF Economie analysera votre signalement et pourra décider de mener une enquête pour mettre fin à ces pratiques frauduleuses. Test-Achats propose aussi son propre module de plainte, utile quand plusieurs consommateurs constatent le même problème chez une même enseigne, ce qui renforce le dossier. Pour les acheteurs qui veulent gagner du temps sans devoir jouer les détectives à chaque rayon, l’association a également développé un outil de comparaison de prix qui suit l’évolution des tarifs jour après jour sur une sélection de produits électroniques et électroménagers.

Ce qui m’a le plus surprise dans cette histoire de veste, ce n’est pas la manœuvre en elle-même, plutôt banale au fond, mais la facilité avec laquelle elle passe inaperçue. Personne ne compare sérieusement un prix à un mois d’intervalle, et c’est précisément sur cet oubli collectif que repose une bonne partie du folklore des soldes. La loi protège en théorie très bien le consommateur belge, avec cette règle des 30 jours calquée sur toute l’Union européenne. Mais elle ne s’applique que si quelqu’un, quelque part, prend la peine de vérifier. Un détail amusant : rien n’empêche légalement un commerçant d’enchaîner plusieurs démarques successives durant les quatre semaines de soldes, à condition que chacune reste calculée sur ce même prix de référence initial, jamais sur le prix affiché la semaine d’avant. De quoi transformer une simple étiquette en petit exercice de calcul mental à chaque passage en caisse.

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