J’ai vendu 31 articles sur Vinted cette année : le courrier des impôts que j’ai reçu m’a glacé le sang

Un courrier du SPF Finances qui atterrit dans votre boîte aux lettres après une année de ventes sur Vinted : 31 articles, quelques centaines d’euros récupérés sur des vêtements d’enfants devenus trop petits ou des décos dont on ne voulait plus. La panique est compréhensible. Mais avant de tout catastropher, voici ce que ce courrier signifie vraiment, et ce qu’il ne signifie pas forcément.

À retenir

  • Pourquoi le fisc vous a soudainement dans le viseur après vos petites ventes occasionnelles
  • Ce courrier automatique ne signifie pas nécessairement que vous devez payer des impôts
  • Trois profils de vendeurs, trois traitements fiscaux radicalement différents

Ce qui s’est passé dans votre dos (légalement)

Depuis 2024, les opérateurs de plateformes de vente tels que Vinted sont tenus de transmettre aux autorités fiscales, au plus tard le 31 janvier de chaque année, les coordonnées des vendeurs de l’année civile précédente, ainsi que les revenus perçus. Ce n’est pas un caprice belge : ces règles découlent d’une directive européenne connue sous le nom de « DAC 7 ». Elle vise à harmoniser les obligations déclaratives des plateformes numériques au sein de l’Union et à lutter contre la sous-déclaration des revenus générés en ligne. Vinted est particulièrement visée en raison de sa progression fulgurante : la plateforme compte aujourd’hui 2,5 million de membres actifs en Belgique.

Le seuil qui déclenche le signalement est précis. Vinted, Marketplace ou 2ememain.be doivent communiquer les données relatives à la vente d’articles au SPF Finances, notamment le nombre de transactions et les montants versés ou perçus, dès que les ventes atteignent 2 000 euros ou à partir de minimum trente transactions par année civile. Trente transactions. Pas trente mille euros. Trente ventes d’un jean usagé, d’un pull trop grand ou d’un roman lu une fois. C’est peu, et c’est précisément pourquoi des milliers de Belges qui faisaient tranquillement le tri dans leur armoire se sont retrouvés dans les radars du fisc sans l’avoir anticipé.

Ce mécanisme de transmission automatique s’applique par ailleurs à d’autres plateformes. eBay, AirBNB, Etsy ou encore Blablacar sont également concernés par cette nouvelle législation fiscale. Et le cumul entre plateformes compte : il s’agit d’un seuil global, tous sites confondus. Si vous vendez un peu sur Vinted, un peu sur eBay et que vous louez ponctuellement un logement sur Airbnb, tout se cumule.

Le courrier ne signifie pas que vous devez payer

C’est la nuance que beaucoup ratent dans leur premier moment de panique. Le fait que Vinted demande vos coordonnées pour les transmettre à l’administration fiscale ne signifie pas que vous serez taxé sur vos ventes. Tout dépend de la nature de ce que vous avez vendu et de comment vous l’avez fait.

Lorsque vous vendez vos propres vêtements dont vous n’avez plus besoin, cela relève de la gestion patrimoniale normale, également appelée règle du « bon père de famille », et vous n’êtes pas taxé. Vous ne devez pas déclarer ce revenu dans votre déclaration d’impôts. En clair : vider votre garde-robe n’est pas une activité commerciale. Vous vendez des objets que vous avez achetés pour vous, souvent à perte par rapport au prix d’origine. Il n’y a pas de profit systématique, pas d’organisation, pas d’intention spéculative.

La ligne rouge se franchit quand le comportement change. Il en va autrement si vous achetez des vêtements pour les revendre avec un bénéfice. Le plus grand problème est que les règles fiscales sont sujettes à interprétation. Ce que vous considérez comme un revenu très occasionnel peut être qualifié différemment par le fisc. La fréquence joue ici un rôle, de même que le montant de vos revenus et la nature de votre activité.

Trois profils, trois traitements fiscaux différents

Le SPF Finances distingue en réalité trois grandes situations, et il vaut mieux savoir dans laquelle vous vous trouvez avant de répondre au courrier.

Le premier profil : vous videz votre intérieur. Des vêtements d’enfants, une vieille lampe, du matériel de sport inutilisé. Si les ventes s’inscrivent dans le cadre de la gestion normale du patrimoine, le revenu n’est pas imposable. Vous ne devez donc rien déclarer dans votre déclaration d’impôt. Vinted a transmis vos coordonnées, certes, mais vous n’avez aucune obligation fiscale supplémentaire si vous restez dans ce cadre.

Le deuxième profil : vos ventes sont plus fréquentes, vous achetez ponctuellement pour revendre, vous réalisez un bénéfice sur certaines transactions. S’il s’agit de revenus occasionnels sans organisation structurée, ce sont des « revenus divers ». Il faut les déclarer dans la partie 2 de la déclaration d’impôt au cadre XV, code 1200/2200. Ces revenus sont imposés séparément à 33 % après déduction des frais éventuels.

Le troisième profil, le plus exposé : si vous effectuez des ventes fréquemment, pour des montants importants, avec une certaine organisation, si les ventes sont liées à votre activité professionnelle, ce sont des « revenus professionnels ». Ils se déclarent au cadre XVII, code 1600/2600, et sont imposés au taux progressif après déduction des frais professionnels. au même titre que votre salaire.

Ce que la loi a changé (et ce que 2026 a apporté de nouveau)

La situation n’a pas été figée. Face à l’inquiétude croissante des petits vendeurs, le gouvernement De Wever a intégré une clarification dans son accord de gouvernement. Le gouvernement a acté une « exonération Vinted » dans son accord. Concrètement, si vos ventes occasionnelles en ligne ne dépassent pas 2.000 euros sur l’année, vous ne devez ni payer d’impôt, ni changer de statut, ni faire de déclaration particulière. Pas besoin non plus de vous inscrire comme indépendant ou d’ouvrir un numéro d’entreprise. Cette clarification, entrée en vigueur pour les revenus de 2026, fixe un cadre que le droit belge ne rendait pas aussi explicite auparavant.

Mais attention au détail qui change tout : le fisc peut recroiser les informations communiquées par les plateformes avec celles reprises dans les déclarations fiscales et revenir jusqu’à 5 ans en arrière, voire jusqu’à 7 ou 10 ans en cas de fraude fiscale, et imposer les revenus non déclarés, avec un accroissement d’impôt de 10 à 50 %. La transmission automatique des données ne date que de 2024, mais les obligations fiscales, elles, existaient avant. Celui qui a structuré un vrai négoce de seconde main sans jamais rien déclarer ne peut pas se cacher derrière la nouveauté du dispositif.

Pour les 31 articles vendus qui ont déclenché votre courrier, la probabilité que vous ayez une dette fiscale réelle est mince si vos ventes correspondaient à votre propre patrimoine. La transmission de vos données par Vinted est automatique dès 30 transactions, c’est mécanique, pas une accusation. Mais si vous n’êtes pas certain de votre situation, une chose concrète à faire : consulter le site officiel du SPF Finances ou contacter directement un centre de taxation. Répondre au courrier sans comprendre votre profil exact, c’est prendre un risque inutile dans les deux sens.

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