Rentree politique en Belgique : les dossiers chauds de septembre

Le gouvernement fédéral rouvre en septembre un chantier qu’il n’a pas réussi à boucler avant les vacances : trouver un accord sur une trajectoire budgétaire qui impose un effort supplémentaire de plusieurs milliards d’euros d’ici 2029. À cela s’ajoutent la Wallonie et sa Fédération, qui entament elles aussi leur propre conclave budgétaire, et une série de fronts sociaux, de l’école à l’accueil des demandeurs d’asile, qui vont occuper le débat public dans les prochaines semaines.

À retenir

  • Un effort budgétaire de 10 milliards d’euros attend le gouvernement Arizona d’ici 2029 : quelles mesures impopulaires seront sacrifiées ?
  • Les trois niveaux de pouvoir belges doivent simultanément boucler leurs budgets : une coordination inédite en perspective
  • L’école, l’asile et l’énergie : trois fronts sociaux qui risquent d’enflammer le débat public dès les premières semaines

Le budget fédéral, toujours le nerf de la guerre

La coalition Arizona a quitté juillet sans avoir bouclé son dossier le plus lourd. À la rentrée, c’est un défi qui attend le gouvernement : trouver un accord sur une trajectoire budgétaire jusqu’en 2029 reposant sur un effort complémentaire de 10 milliards d’euros. Un chiffre qui a fluctué au fil des mois selon les rapports successifs : selon le comité de monitoring, le gouvernement fédéral devra trouver 7,7 milliards d’euros supplémentaires pour respecter ses engagements européens d’ici 2029, une somme qui monte à 9,8 milliards d’ici 2031.

Bart De Wever ne cache plus que la suite sera douloureuse. Interrogé à la Chambre, le Premier ministre a confirmé que l’effort serait d’ampleur, de plusieurs milliards, et certaines mesures ne seront même pas soutenues par 20% de la population, a-t-il prédit. Pour préparer le terrain, l’exécutif a commandé une véritable boîte à outils au Bureau du Plan : l’institution s’est appuyée sur plusieurs experts pour fournir un catalogue de plus de 260 mesures d’économies possibles, touchant les dépenses de l’État, les soins de santé, les malades de longue durée, les subsides aux entreprises, les niches fiscales ou encore la TVA. Rien n’est encore tranché, mais un précédent accord budgétaire, conclu fin 2025 après une nuit de négociations marathon, donne une idée de la philosophie retenue : la grande réforme de l’impôt sur le travail, prévue à l’origine pour 2027, a été avancée, avec un salaire minimum qui deviendra « brut = net » dès 2026, l’ensemble de la réforme suivant en 2028, un an plus tôt que prévu. Autre piste maintenue dans les cartons gouvernementaux : la volonté du gouvernement de remettre 100.000 des 500.000 malades de longue durée à l’emploi d’ici 2029.

Le sujet de l’index reste explosif. Le mécanisme est préservé dans ses grandes lignes, mais le mécanisme d’indexation des salaires est conservé sans saut d’index, les salaires sous les 4000 euros restant pleinement indexés comme aujourd’hui, tandis que les salaires au-dessus de ce seuil seront indexés deux fois durant la législature par un forfait fixe plutôt qu’un pourcentage. Un compromis qui n’a pas convaincu tout le monde : un sondage publié par la RTBF et la VRT a montré qu’une majorité de Belges s’oppose à l’indexation des salaires plafonnée. Sur l’énergie, un autre point sensible planera sur la rentrée : le résultat des négociations avec Engie sur le nucléaire sera scruté, les conditions du rachat des centrales déterminant les réactions politiques des cinq partis de la coalition.

La Wallonie et Bruxelles, sous la même pression budgétaire

Le fédéral n’est pas seul à devoir serrer les cordons de la bourse. Côté wallon, le conclave relatif au budget 2026 doit débuter le lundi 29 septembre pour se terminer dans les tout premiers jours d’octobre. Le message envoyé par le gouvernement wallon est sans ambiguïté : s’il n’est question ni d’austérité, ni de nouvelles taxes, le budget 2026 ne sera pas en extension. Sur un tout autre registre, un dossier diplomatique sensible s’ajoute à l’agenda namurois : les licences d’exportation d’armes sont scrutées alors que la situation à Gaza a conduit la commission des relations extérieures du parlement wallon à se réunir en urgence.

À Bruxelles, la rentrée se fait dans un climat très différent, celui du soulagement après une paralysie institutionnelle hors norme. Après 613 jours de crise politique régionale, un accord historique a permis la formation d’un nouveau gouvernement, sept partis politiques ayant trouvé un terrain d’entente en conclave. Mais l’euphorie institutionnelle ne règle pas tout : les acteurs du secteur social pointent déjà les limites du texte. L’accord apparaît relativement succinct au regard de l’ampleur des défis, et ces 600 jours ont généré une insécurité budgétaire réelle pour les acteurs du secteur santé-social. la nouvelle majorité bruxelloise devra très vite transformer l’accord de gouvernement en mesures concrètes, sous le regard attentif d’un secteur associatif fragilisé par deux ans d’attente.

École, asile et sécurité : les autres fronts de septembre

Le calendrier scolaire belge donne lui aussi le ton d’une rentrée mouvementée en Fédération Wallonie-Bruxelles. Le décret-programme qui réforme l’enseignement fondamental a été voté dans la précipitation, et les syndicats enseignants ne décolèrent pas. Il y aura une rentrée le 24 août, mais les profs recevront leurs attributions à la dernière minute, ce qui explique que des enseignants menacent de perturber une rentrée déjà jugée désorganisée. Sur le fond, la réforme mise sur les fondamentaux : le parlement doit adopter le test CLE (Calculer, Lire, Écrire) pour les élèves de 4e primaire, le rehaussement du niveau du CEB, ainsi qu’une simplification de la procédure d’inscription.

L’accueil des demandeurs d’asile s’annonce comme un autre point de friction. Le gouvernement fédéral a décidé de réduire drastiquement son soutien à la Région bruxelloise sur ce dossier : la ministre de l’Asile et de la Migration a pris la décision, sur fond d’économie budgétaire, de couper dans le « Brussels Deal », avec une volonté de mettre fin au financement fédéral d’ici la fin de l’année, menaçant 1.000 places d’hébergement supplémentaires. Un choix qui inquiète les acteurs de terrain, échaudés par de précédentes crises d’accueil. Enfin, sur le terrain de la sécurité, le fédéral a bouclé avant l’été un texte qui va encadrer plus strictement les débordements dans le football : les services de police pourront désormais saisir, dans le périmètre légal du stade, tout objet permettant de masquer son identité, ce qui doit permettre de sanctionner plus durement les infractions commises en marge des matchs.

Un détail illustre bien l’ampleur de la tâche budgétaire qui attend les négociateurs fédéraux : le comité de monitoring a relevé son estimation à plusieurs reprises en quelques mois, passant de 5 à 7 milliards évoqués au printemps à près de 10 milliards d’ici 2029 selon les derniers calculs. Ce mouvement constant des chiffres, loin d’être anecdotique, traduit une réalité plus large : la trajectoire budgétaire belge dépend autant de la conjoncture économique que des choix politiques, et chaque report de décision alourdit mécaniquement la facture à venir.

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