Vous pédalez jusqu’au bureau en Belgique : cette prime exonérée existe, mais personne ne vous la proposera jamais

Chaque matin, des milliers de Belges enfourchent leur vélo pour rallier le bureau. Ils font un geste bon pour leur santé, pour le portefeuille et pour la planète. Ce qu’ils ignorent souvent, c’est que la loi leur garantit une indemnité pour chaque kilomètre pédalé, exonérée d’impôt et de cotisations sociales. Une prime que la plupart des employeurs ne mentionneront jamais spontanément.

À retenir

  • Une obligation légale depuis mai 2023 que 80% des travailleurs ignorent ou n’osent pas réclamer
  • Jusqu’à 0,37€/km exonéré : comment transformer vos trajets quotidiens en revenu net
  • Flandre 26%, Bruxelles 6%, Wallonie 3% : pourquoi le fossé régional se creuse chaque année

Une obligation légale que personne ne vous rappellera

Dans le secteur privé, l’indemnité vélo est obligatoire depuis mai 2023 via la convention collective de travail (CCT) n° 164, sauf si une convention équivalente est déjà en vigueur. Concrètement, tous les travailleurs du secteur privé ont droit à une indemnité vélo, soit sur la base d’une CCT sectorielle, soit, à défaut d’une telle convention, sur la base de la CCT n° 164. Ce droit ne tombe pas du ciel automatiquement dans votre fiche de paie. C’est à vous de le réclamer.

Le mécanisme est simple sur le papier. L’allocation de vélo doit être demandée dans l’entreprise au sein de laquelle vous travaillez. Pour en bénéficier, contactez votre employeur ou votre collègue chargé des ressources humaines pour lui déclarer vos kilométrages, notamment à travers un fichier Excel ou une déclaration sur l’honneur. Pas de démarche administrative complexe, pas de formulaire en dix exemplaires. Juste une déclaration de bonne foi sur les kilomètres parcourus. Le problème, c’est que certaines entreprises imposent des conditions supplémentaires, minimum de trajets prestés à vélo, formulaire à remplir chaque mois — qui découragent les salariés cyclistes de demander leur dû.

Combien ça rapporte concrètement ?

Depuis le 1er janvier 2026, l’indemnité versée pour les déplacements entre le domicile et le lieu de travail effectués à bicyclette est exonérée jusqu’à 0,37 € par kilomètre parcouru avec un maximum de 3.690 € par année. Pour les revenus 2025 (exercice d’imposition 2026), l’indemnité était exonérée jusqu’à 0,36 € par kilomètre parcouru avec un maximum de 3.610 € par année. Des montants qui progressent chaque année par indexation.

Pour traduire ces chiffres en euros sonnants : une personne qui parcourt 5 km aller-retour chaque jour reçoit ainsi jusqu’à 792 € par an. Le plafond de 3.610 € est atteint par un trajet quotidien de 25 km aller-retour. Un navetteur bruxellois qui habite à 8 km de son bureau et pédale deux cents jours par an peut donc empocher plus de mille euros nets, sans payer un centime d’impôt dessus. L’indemnité vélo est cumulable avec les autres moyens de transport comme le train, le tram, le bus ou le métro, ce qui la rend aussi intéressante pour les travailleurs qui habitent loin de leur lieu de travail. si vous pédalez jusqu’à la gare avant de prendre le train, vous touchez les deux.

Attention à un piège fiscal souvent ignoré. L’exonération fiscale est uniquement accordée, lors du calcul définitif de l’impôt, aux travailleurs salariés et dirigeants d’entreprise indépendants qui déduisent le forfait légal de frais professionnels lors de leur déclaration d’impôts. Si vous optez pour la déduction de frais professionnels réels, l’exonération tombe. Un arbitrage à évaluer avant de signer.

Le fossé criant entre Flandre, Bruxelles et Wallonie

Les chiffres régionaux révèlent une fracture profonde. On observe d’importantes différences régionales : en Flandre, 26 % des travailleurs reçoivent une indemnité vélo, contre 6 % à Bruxelles et 3 % en Wallonie. Depuis, la tendance s’est légèrement améliorée : en Flandre, davantage d’employeurs proposent cette indemnité (40 %) et plus de travailleurs viennent à vélo (20 %), soit dix fois plus qu’en Wallonie (près de 2,50 %).

Pourquoi un tel écart ? La culture du vélo, les infrastructures cyclables et la sensibilisation des employeurs jouent un rôle majeur. Mais il y a aussi une réalité plus banale : en 2024, 20 % des travailleurs ont perçu une indemnité vélo, pour un total de 329 millions d’euros. La manne existe. Elle est massive. Mais les travailleurs wallons et bruxellois en laissent une bonne partie sur la table, faute d’information ou de démarche.

À défaut de règle sectorielle ou d’entreprise particulière, une indemnité est au moins octroyée au travailleur qui utilise régulièrement son vélo comme moyen de transport pour les déplacements entre le domicile et le lieu de travail. Il n’est pas nécessaire d’utiliser le vélo tous les jours et pour la totalité du trajet. Un usage saisonnier suffit. Pédaler en été seulement ? Vous restez éligible pour les mois concernés.

Le vélo d’entreprise : le bonus que peu osent réclamer

Au-delà de l’indemnité kilométrique, il existe un second levier méconnu. L’employeur peut mettre à la disposition du travailleur un vélo d’entreprise, électrique ou non. Dès lors que ce vélo est notamment utilisé pour effectuer les déplacements entre le domicile et le lieu de travail, l’avantage rémunératoire qui en découle pour le travailleur est exonéré de cotisations de sécurité sociale et d’impôt, pour autant qu’il déduise le forfait légal de frais professionnels lors de sa déclaration d’impôts. Mieux encore, cet avantage peut être cumulé avec l’indemnité kilométrique exonérée.

Pour l’employeur aussi, l’opération est avantageuse. Les investissements dans des infrastructures installées dans le but d’inciter les travailleurs à se rendre au travail à vélo sont fiscalement déductibles à 100 % pour l’entreprise soumise à l’impôt des sociétés. Les frais déductibles incluent également les accessoires pour vélo tels que les pompes, les sonnettes, les éclairages, les réflecteurs, les coffrets à outils destinés aux réparations, les sacoches pour vélo, les casques et les gilets fluo. Voilà un argument concret à mettre sur la table lors d’une négociation avec votre employeur.

La prochaine fois que vous garez votre vélo dans le parking de l’entreprise, posez la question directement aux RH. La réponse risque de vous surprendre, et le virement sur votre compte aussi.

Laisser un commentaire