Les anciens ne comptaient jamais leur retraite en une seule somme : leur méthode permet de vivre mieux avec 600 € de moins

En Belgique, en janvier 2025, les pensionnés ont reçu un revenu de pension légale de 2.046 euros en moyenne. Un chiffre qui semble correct, jusqu’à ce qu’on regarde ce que cachent les moyennes. Beaucoup de retraités, surtout parmi ceux aux carrières incomplètes ou aux salaires modestes, vivent bien en dessous de ce seuil. Ce n’est pas une question de malchance : c’est structurel. Et pourtant, nombre d’entre eux s’en sortent mieux que des actifs bien payés qui ne savent pas où passe leur argent. Le secret tient moins au montant qu’à la manière de le penser.

À retenir

  • Pourquoi certains retraités dorment tranquilles avec 1.200 € tandis que d’autres paniquent avec le double ?
  • La technique secrète de nos grands-parents qui disparaît progressivement avec les comptes courants
  • Les aides belges ignorées qui pourraient transformer votre retraite

Voir son argent en morceaux, pas en bloc

La génération de nos grands-parents n’avait pas lu Richard Thaler. Mais elle appliquait intuitivement ce que ce prix Nobel d’économie 2017 a formalisé sous le nom de « comptabilité mentale ». Développé par l’économiste lauréat du prix Nobel d’économie de l’Université de Chicago, le concept de la comptabilité mentale a été mentionné pour la première fois dans un article de 1999 publié par le Journal of Behavioral Decision Making, dans lequel Thaler proposait comme définition : « l’ensemble d’opérations mentales utilisées par des particuliers et des ménages pour organiser, évaluer et faire le suivi d’activités financières ».

Concrètement ? Thaler explique que les individus divisent mentalement leur budget en sortes de tirelires mentales pour répondre à différents besoins ou envies. Nos aînés, eux, faisaient cela avec de vraies enveloppes. L’une pour le loyer, une autre pour la nourriture, une troisième pour les imprévus, parfois une petite pour les plaisirs. Une fois l’enveloppe vide, on ne touchait pas aux autres. Pas de virement interne, pas d’entorse au système. C’est simple, presque enfantin. Et c’est redoutablement efficace.

La raison pour laquelle ça fonctionne est psychologique. L’idée générale de ce concept central en finance comportementale est que les individus ne sont pas capables d’appréhender un problème et ont tendance à segmenter les problématiques financières par thème, dans des « comptes mentaux » séparés. Quand tout l’argent se trouve dans un seul compte courant, la tentation de piocher est permanente. On ne perçoit pas concrètement ce qu’on dépense, ni ce qu’il reste. Le découvert arrive par surprise. Les enveloppes, elles, rendent les limites visibles.

Ce que ça change concrètement sur un budget retraite

À la retraite, le budget change, qu’il s’agisse des revenus mais également des dépenses. Certains postes disparaissent (les frais de transport professionnel, les repas de midi en ville), d’autres grossissent (la santé, le chauffage en journée). Les habitudes alimentaires vont changer avec la fin de l’activité professionnelle et on a sans doute plus de temps pour faire des courses et préparer ses repas, ce qui permet souvent d’économiser de l’argent.

La méthode des enveloppes (ou de ses équivalents modernes : sous-comptes bancaires, applications de budget par catégories) force à faire cet inventaire. Une fois les revenus identifiés, il faut calculer son reste à vivre, qui correspond à la somme d’argent disponible après le paiement mensuel des charges fixes, telles que les impôts, le loyer, les factures et le remboursement d’éventuels prêts. C’est cette étape que beaucoup sautent, préférant « voir venir ». Or c’est précisément là que tout se joue.

Une grille de répartition souvent citée divise les revenus en trois blocs : 50% des revenus dédiés aux charges fixes, 30% consacrés aux dépenses variables (alimentation, santé, loisirs) et 20% de la somme restante à épargner. Sur une pension de 1.400 euros, cela donne 700 euros pour le fixe, 420 pour le variable et 280 mis de côté. Sur le papier, c’est serré. En pratique, avec les enveloppes, chaque euro a un rôle et les dépenses impulsives, le vrai gouffre, disparaissent presque naturellement.

À la retraite, certaines dépenses peuvent être revues à la baisse ou supprimées. Par exemple, les frais de transport pour se rendre au travail ne sont plus nécessaires. De plus, de nombreux commerces et services proposent des réductions pour les seniors. Ces marges existent. Le problème, c’est qu’elles ne se réalisent qu’à condition de les anticiper, enveloppe par enveloppe.

La psychologie derrière la méthode

Pour les retraités, la stratégie psychologie de l’argent peut être utile pour ajuster leur style de vie à leur nouvelle situation financière, en les aidant à trouver un équilibre entre profiter de leur retraite et gérer leurs ressources de manière responsable. C’est exactement ce que les générations précédentes faisaient sans le nommer. Elles ne subissaient pas la retraite financièrement : elles l’organisaient.

L’autre mécanisme puissant de la méthode, c’est qu’elle réduit le stress. En cultivant une relation saine avec l’argent, les membres du foyer peuvent mieux gérer le stress financier, renforcer leur confiance en eux et améliorer leur bien-être général. Savoir qu’on a une enveloppe « plaisirs » de 80 euros par mois et qu’elle est intouchable par les imprévus, c’est une liberté. On peut la dépenser sans culpabilité. Ce point est sous-estimé : la culpabilité liée à l’argent épuise autant que le manque d’argent lui-même.

La comptabilité mentale peut être utile pour favoriser les économies : en créant des comptes mentaux pour des objectifs financiers spécifiques, les individus peuvent se concentrer sur l’épargne vers ces objectifs. Appliqué à la retraite, cela signifie qu’une enveloppe « imprévus santé » ou « entretien logement » n’est pas un luxe, c’est une protection contre les accidents de parcours qui font basculer les budgets les plus soignés.

Les filets de sécurité belges que trop de gens ignorent

Gérer son budget avec méthode, c’est bien. Connaître ses droits, c’est mieux. En Belgique, plusieurs dispositifs existent pour les retraités aux revenus modestes, et ils restent sous-utilisés. En janvier 2025, une GRAPA s’élevait en moyenne à 719 euros. Les femmes reçoivent un montant moyen plus élevé que les hommes (747 euros contre 670 euros). La garantie de revenus aux personnes âgées (GRAPA) est un revenu accordé aux plus de 65 ans dont les revenus du ménage sont insuffisants. Cette aide s’élève à 1.580,37 € par mois pour un isolé et de 1.053,58 € pour un cohabitant (montants au 01/01/2025).

Le mécanisme est automatiquement examiné par le Service fédéral des Pensions lors de la demande de pension. Environ 113.000 personnes bénéficient de la GRAPA dont 65 % sont des femmes. Pour presque la moitié des bénéficiaires, la GRAPA complète une faible pension légale. Un certain nombre de personnes âgées vivent en situation de pauvreté mais ne bénéficient pas de la GRAPA parce qu’ils ne l’ont pas demandée, n’y ont pas droit ou bénéficient d’autres revenus mais insuffisants par rapport à leurs besoins. Ce non-recours coûte cher à ceux qui l’ignorent.

La méthode des enveloppes ne transforme pas une pension insuffisante en revenu confortable. Elle ne fait pas de miracles. Mais elle change la relation à l’argent : on cesse de subir son budget pour commencer à le piloter. Et c’est précisément ce changement de posture, pas un euro de plus, qui explique pourquoi certains retraités dorment sereinement avec 1.200 euros par mois, tandis que d’autres paniquent avec le double. Pensez à vous pencher sur votre dossier de pension au moins 12 mois avant votre départ à la retraite : c’est aussi à ce moment-là qu’il faut mettre en place ces réflexes budgétaires, pas le jour où la première pension arrive sur le compte.

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