Six ans sans toucher à son contrat d’électricité, ça semblait raisonnable. Pas de tracas, pas de paperasse, un prélèvement qui tombe chaque mois sans y penser. Mais ce confort a un prix : pendant que ce contrat dormait tranquillement, le marché belge de l’énergie a changé plusieurs fois de visage, et l’écart avec les meilleures offres actuelles peut désormais atteindre 400 euros par an pour une consommation strictement identique.
Ce chiffre n’a rien d’exagéré. L’écart entre le fournisseur le plus cher et le moins cher atteint 400 euros par an pour une même consommation, alors que le comparateur officiel de la CREG recense plus de 50 offres différentes en Belgique. Un ménage qui n’a jamais revérifié son contrat depuis 2020 ou 2021 s’expose donc, sans le savoir, à payer le tarif fort pendant que son voisin, lui, a simplement pris cinq minutes pour comparer.
À retenir
- 1,2 million de ménages belges paient jusqu’à 1000 € de trop annuellement sans le savoir
- L’écart entre le fournisseur le plus cher et le moins cher atteint 400 € pour la même consommation
- Une simple vérification gratuite peut révéler si votre contrat est devenu obsolète
Le piège du « contrat dormant » qui ne dit jamais son nom
Le régulateur fédéral de l’énergie a un nom pour ce phénomène. C’est le cas de 1,2 million de ménages en Belgique, qui ont souscrit à un tarif de gaz et/ou d’électricité qui n’est plus disponible sur le marché, ce que l’on appelle un contrat dormant. Concrètement, votre fournisseur continue de vous facturer selon une grille tarifaire ancienne, jamais mise à jour vers les offres commerciales actuelles, et rien ne vous alerte que ce produit est devenu obsolète.
Le pire, c’est que ce n’est pas qu’une question d’inattention individuelle. Plus de 1,2 million de ménages paient chaque année jusqu’à mille euros de trop pour leurs factures de gaz et/ou d’électricité, selon la Creg elle-même. Le directeur du régulateur pointe une explication qui a de quoi surprendre : les ménages belges sont très bons en matière de changement de fournisseurs, environ un ménage sur cinq change chaque année de contrat. Le problème n’est donc pas l’immobilisme généralisé, mais autre chose de plus insidieux.
Le problème vient du fait que les ménages font souvent de mauvais choix en se dirigeant vers les contrats les plus chers du marché, et plus de la moitié des consommateurs choisissent les contrats les plus chers, alors qu’une minorité seulement décroche les meilleures affaires. changer ne suffit pas : encore faut-il changer intelligemment, avec les bonnes informations en main.
Pourquoi deux voisins peuvent payer si différemment pour les mêmes kWh
La facture d’électricité belge se découpe en plusieurs blocs bien distincts. Elle se compose du coût de l’énergie, qui représente 30 à 40 % de la facture et correspond au prix du kWh fixé par le fournisseur, des coûts de réseau régulés par le gestionnaire de distribution, et des taxes et redevances. C’est précisément le coût de l’énergie que l’on peut réduire en changeant de fournisseur. Les coûts réseau et les taxes, eux, restent identiques quel que soit le fournisseur choisi puisqu’ils sont fixés par région.
Le choix entre prix fixe et prix variable joue aussi énormément. Le tarif variable suit le marché et reste, hors période de tension, le moins cher sur la durée, tandis que le tarif fixe verrouille le prix sur un à trois ans : il protège d’une hausse soudaine, mais intègre une prime que l’on paie même si les prix baissent. Quelqu’un resté six ans sur un vieux contrat fixe signé en pleine crise énergétique, quand les prix flambaient, paie potentiellement une prime de sécurité devenue totalement inutile aujourd’hui. C’est un peu comme continuer à payer une assurance annulation pour un voyage déjà terminé depuis longtemps.
Autre donnée révélatrice : 70 % des ménages ne connaissent pas le nom de leur contrat, et encore moins la date de celui-ci, alors que ce sont des informations très importantes pour pouvoir comparer et bien choisir son contrat. Sans ces deux éléments basiques, impossible de savoir si son propre tarif est resté compétitif ou s’il a doucement dérivé vers le haut du classement des prix.
Vérifier et changer, une démarche gratuite qui prend quelques minutes
Bonne nouvelle : rectifier le tir ne coûte rien. Changer de fournisseur d’énergie en Belgique est 100 % gratuit et sans aucun engagement. Aucune coupure de courant n’intervient pendant la transition, et le gestionnaire de réseau assure la continuité de l’alimentation tout au long du processus.
La CREG a développé un outil gratuit spécifiquement pour ce diagnostic. Le CREG Scan permet de vérifier où se situe son contrat d’énergie actuel par rapport à l’offre actuelle sur le marché, en comparant le contrat en cours avec l’offre actuelle du marché pour vérifier s’il est encore avantageux. Il suffit de sortir sa dernière facture, d’y relever le nom exact du produit et la date de la fiche tarifaire, et de répondre à quelques questions simples pour obtenir un diagnostic chiffré en quelques minutes.
Attention toutefois à la nuance : cet outil sert de premier signal d’alarme, pas de comparateur commercial complet. Il ne tient pas compte des promotions en cours et ne permet pas non plus de changer de fournisseur directement. Pour passer à l’action et souscrire une nouvelle offre, il faut ensuite passer par un comparateur certifié qui, lui, intègre les promotions du moment et permet de finaliser le changement.
Un dernier point mérite d’être connu, surtout pour les ménages aux revenus modestes : ceux qui bénéficient du statut BIM, du CPAS ou de certaines allocations comme la GRAPA ont automatiquement droit au tarif social fédéral. Ce tarif est fixé chaque trimestre par la CREG, il est identique chez tous les fournisseurs d’énergie et il est toujours plus avantageux que les prix commerciaux sur le marché ; dans ce cas, inutile de faire le CREG Scan. Pour tous les autres, l’anecdote du voisin qui paie 400 euros de moins n’a rien d’un hasard heureux : c’est simplement le résultat d’un réflexe de comparaison qu’il vaut mieux prendre une fois par an, calendrier en main, plutôt que de laisser un vieux contrat vivre sa vie tout seul dans un coin de la boîte mail.