Près de 28 055 euros de revenus annuels bruts par an pour une personne seule : voilà le plafond qui, en 2026, ouvre la porte au statut BIM en Belgique. Et pourtant, des milliers de ménages qui y auraient droit ne le demandent jamais, tout simplement parce qu’ils pensent, à tort, que leur mutualité s’en occupe automatiquement. Ce malentendu coûte cher : moins de remboursements sur les consultations médicales, pas de réduction sur les abonnements SNCB, et souvent un accès aux soins plus difficile qu’il ne devrait l’être.
À retenir
- Le statut BIM n’est automatique que pour certaines catégories — les autres doivent le demander eux-mêmes
- Depuis octobre 2024, 35 000 personnes bénéficient enfin du BIM sans démarche : pourquoi ce nombre est-il si élevé ?
- Entre réductions SNCB et plafond de tickets modérateurs, les économies réelles du BIM restent largement méconnues
Un statut mal compris, entre automatisme partiel et démarche à faire soi-même
Le BIM, ou Bénéficiaire de l’Intervention Majorée, n’est ni totalement automatique ni totalement soumis à demande. Tout dépend de la situation personnelle. La mutuelle octroie automatiquement ce statut aux bénéficiaires du Revenu d’Intégration Sociale, de la Garantie de Revenus aux Personnes Âgées, aux personnes en situation de handicap bénéficiant d’une allocation, ou encore aux orphelins de moins de 25 ans. Dans ces cas précis, la mutuelle n’enquête pas sur les revenus et il n’y a aucune demande à faire : le droit est reçu automatiquement.
Mais dès qu’on sort de ces catégories bien définies, le mécanisme change complètement. Si le ménage ne dispose d’aucun des statuts qui ouvrent l’automaticité, la mutuelle demande les revenus imposables de l’année précédente, et si ceux-ci ne dépassent pas 28 054,93 euros, le foyer peut être éligible au statut BIM. Or beaucoup de personnes concernées, notamment des travailleurs à revenus modestes, des retraités ou des familles monoparentales, n’introduisent jamais cette demande. Elles supposent, souvent après avoir vu un voisin ou un parent bénéficier du BIM sans y penser, que le système fait le tri tout seul. C’est là que le non-recours s’installe, silencieusement.
Depuis 2024, une automatisation progressive, mais encore incomplète
Les choses évoluent, lentement. Depuis octobre 2024, un pan supplémentaire de la population a basculé vers l’automaticité. Depuis le 1er octobre 2024, la personne isolée, avec ou sans enfants à charge, qui est au chômage depuis au moins 3 mois, en incapacité de travail depuis au moins 3 mois, ou en invalidité, a un droit semi-automatique au statut BIM. Concrètement, la mutualité croise désormais ses propres données sans exiger que l’assuré fasse la première démarche.
Les chiffres donnent une idée de l’ampleur du problème qui existait avant cette réforme. Un mois après le début de l’application de cette initiative, celle-ci a eu un impact pour 17 000 personnes qui ont pu bénéficier de l’intervention majorée sans avoir à faire la moindre démarche. Côté Mutualité chrétienne, le bilan est tout aussi parlant : depuis octobre 2024, près de 18 000 affiliés isolés de la MC, percevant des allocations de chômage ou des indemnités de maladie, bénéficient désormais automatiquement du statut d’intervention majorée, sans devoir en faire la demande. Dix-huit mille personnes qui, sans ce changement de procédure, seraient probablement passées à côté de leurs droits pendant des mois, voire des années.
Le constat qui a motivé cette réforme est sans détour. « Trop de personnes ignorent encore qu’elles ont droit à l’intervention majorée », déclarait la vice-présidente de la Mutualité chrétienne, ajoutant que ce dispositif renforce l’accès aux droits des personnes les plus vulnérables. Du côté de la Mutualité chrétienne francophone et germanophone, le message était similaire au moment de l’annonce du projet d’arrêté royal : « Il s’agit d’une étape importante dans la lutte contre les inégalités en matière de santé et la lutte contre le non-recours aux droits », selon son président.
Ce que le statut BIM change concrètement au quotidien
Concrètement, le BIM ne se limite pas à un meilleur remboursement chez le médecin. Il ouvre aussi une réduction sur les transports publics : à la SNCB, les bénéficiaires profitent de 50 % de réduction sur les billets de deuxième classe partout en Belgique. Un avantage souvent méconnu, alors qu’il peut représenter une économie non négligeable pour quelqu’un qui prend le train régulièrement pour aller travailler ou se soigner.
Le statut donne également accès au Maximum à Facturer social, un plafond annuel de tickets modérateurs au-delà duquel tout est remboursé automatiquement. Ce MAF social prévu pour les BIM concerne le remboursement des tickets modérateurs dépassant un total de 548,55 euros en 2026. Une fois ce seuil atteint dans l’année, plus aucune avance financière n’est demandée pour les soins courants. Pour un ménage aux revenus serrés confronté à une maladie chronique ou à des soins répétés, la différence se compte parfois en centaines d’euros économisés sur douze mois.
Reste que tout le monde ne rentre pas dans les catégories automatiques. Pour vérifier sa situation, le réflexe le plus simple reste de regarder le code figurant sur sa vignette de mutuelle, ou de consulter l’application MyBenefits, qui centralise désormais les avantages liés au BIM, y compris ceux octroyés par certaines communes.
Une réforme des revenus pris en compte est en discussion, mais rien n’est encore acté
Le débat ne s’arrête pas là. Une réforme plus large, qui viserait à revoir les types de revenus pris en compte dans le calcul du plafond BIM, a été annoncée en 2026, sans qu’aucun texte ne soit encore entré en vigueur. Les mutualités elles-mêmes se montrent prudentes face à ce projet. Pour la mutualité socialiste Solidaris, prendre en compte tous les revenus présente de multiples dangers, comme l’exclusion de publics fragilisés aux revenus faibles mais irréguliers, ou une prise en compte insuffisante des charges familiales, ce qui peut conduire à des pertes de droits injustifiées, notamment pour les travailleurs à bas revenus ou les familles monoparentales. L’organisme insiste sur un point simple mais essentiel : « Une approche strictement basée sur les revenus ne reflète pas toujours la réalité sociale et sanitaire des ménages ».
En attendant que ce chantier aboutisse, la règle reste la même pour des milliers de foyers belges : si aucun courrier de la mutualité n’a jamais confirmé le statut BIM, il vaut mieux ne rien présumer et introduire soi-même une demande, munie de son dernier avertissement-extrait de rôle. Personne ne viendra frapper à la porte pour rappeler ce droit, sauf à entrer dans l’une des catégories désormais automatisées. Et pour tous les autres, l’attente passive coûte, chaque année, des remboursements qui ne reviennent jamais.
Sources : moustique.be | econostrum.info