La mention « mélange de miels originaires et non originaires de l’UE » ne suffit plus pour les nouveaux pots. Elle signifiait qu’un miel provenait de plusieurs pays, dans l’Union européenne et en dehors, sans dire lesquels. Un arrêté royal du 23 avril 2026, publié le 6 mai, transpose la directive européenne de 2024 et entre en vigueur le 14 juin 2026.
Le flou a été remplacé par une liste chiffrée.
- La mention « mélange UE et non UE » laissait dans l’ombre l’origine réelle du miel sans préciser les pays ni leurs proportions.
- L’arrêté royal belge du 23 avril 2026 impose l’affichage de tous les pays de récolte classés par poids décroissant avec pourcentages.
- Les produits étiquetés avant le 14 juin 2026 peuvent rester en rayon, mais les nouveaux pots doivent respecter la règle de transparence.
Ce que la vieille mention laissait dans l’ombre
La directive de 2001 sur le miel permettait, quand un miel venait de plus d’un État membre ou de plus d’un pays tiers, de remplacer la liste des pays par l’une de trois formules : mélange originaire de l’UE, non originaire de l’UE, ou originaire et non originaire. La Belgique l’avait appliquée via un arrêté royal du 19 mars 2004. Un pot pouvait donc afficher « non UE » sans qu’on sache s’il contenait un miel ou dix.
Pour l’acheteur, aucune piste sur le pays réel de récolte.
Cette opacité pose problème à cause de la fraude. Selon les données relayées par la campagne Eu Bee Lovers, 46 % des échantillons de miel analysés, soit 146 sur 320, ont été jugés suspects. Les pratiques identifiées ou suspectées vont de l’ajout de sirops de sucre au mauvais étiquetage de l’origine, en passant par la récolte de miel immature ou la filtration excessive. Le miel figure parmi les cinq produits alimentaires les plus fraudés dans le monde. Les apiculteurs européens, qui s’estimaient victimes de concurrence déloyale, réclamaient depuis longtemps cette réforme.
Pays, ordre et pourcentages : la nouvelle étiquette
Pour un miel de mélange, l’étiquette doit désormais faire apparaître, dans le champ visuel principal, tous les pays de récolte classés par poids décroissant, avec le pourcentage de chacun. Une tolérance de 5 % est admise pour chaque part, calculée d’après les documents de traçabilité de l’opérateur. La règle vaut pour tous les miels vendus dans l’Union européenne, quel que soit leur lieu de conditionnement.
Foodwatch donne un exemple type : France 45 %, Italie 35 %, Vietnam 20 %.
Deux aménagements existent. Le premier concerne les mélanges de plus de quatre pays, pour lesquels seules les quatre plus grosses parts reçoivent un pourcentage, à condition de dépasser ensemble 50 % du total, les autres pays étant cités par ordre décroissant sans pourcentage. Le second vise les petits formats. Pour les emballages de moins de 30 grammes, les noms de pays peuvent être remplacés par un code à deux lettres de la norme ISO 3166-1. Les portions individuelles des hôtels et des plateaux-repas sont donc concernées, avec une étiquette plus compacte.
Le texte belge reprend ces règles telles quelles.
Anciens pots encore en rayon, fraude pas éradiquée
Rien n’oblige les magasins à retirer les stocks existants. Les produits étiquetés avant le 14 juin 2026 conformément à l’arrêté de 2004 peuvent être mis sur le marché jusqu’à épuisement des stocks. Une ancienne mention « UE et non UE » peut donc encore croiser votre chemin sans que le vendeur soit en infraction. Un pot récent qui l’affiche encore mérite en revanche un signalement au SPF Économie, compétent pour cet arrêté.
L’étiquette ne règle pas tout. Foodwatch prévient que l’étiquetage ne suffira pas à enrayer totalement la fraude : on pourrait toujours lire « France » sur un pot contenant du miel italien.
Le contrôle repose donc sur la traçabilité et les analyses. La directive prévoit une plateforme chargée de formuler des recommandations pour un système de traçabilité à l’échelle de l’Union. Elle doit aussi préparer un futur laboratoire de référence européen pour le miel. En attendant, le consommateur dispose d’un outil simple : lire la face avant du pot et comparer les pourcentages d’un produit à l’autre.
Cette harmonisation corrige aussi une inégalité entre États. Seuls sept États membres, dont la France depuis juillet 2022, affichaient déjà les pays d’origine. En France, la règle de 2022 ne concernait que les miels conditionnés sur place, ce qui laissait une échappatoire aux produits mis en pot ailleurs dans l’Union. Ce contournement n’est plus possible depuis le 14 juin 2026.
Sources : lsa-conso.fr | refli.be | monde-epicerie-fine.fr