Grimper sur le trottoir en trottinette électrique pour fuir la circulation ne met pas seulement les piétons en danger : c’est très exactement l’infraction la plus sanctionnée du secteur. Depuis l’entrée en vigueur de la nouvelle réglementation, rouler sur les trottoirs, même à l’allure du pas, est interdit, et cette infraction tombe sous le coup d’une amende de 58 euros. Un réflexe pourtant largement partagé chez les usagers, persuadés d’être plus en sécurité sur le trottoir qu’au milieu du trafic automobile. Mais la loi belge en a décidé autrement, et depuis 2022 déjà.
À retenir
- Pourquoi la majorité des utilisateurs croient à tort que le trottoir est la solution sécuritaire
- Ce changement radical survenu en 2022 que beaucoup ignorent encore
- Un piège du stationnement qui coûte le double et affecte les plus vulnérables
Pourquoi le trottoir reste une zone interdite, même « au pas »
Avant la réforme, le flou juridique régnait. On pouvait circuler dans les rues à deux personnes ou plus sur une trottinette électrique, alternativement de la piste cyclable au trottoir, puis garer la trottinette au hasard sur un accotement ou sur un trottoir. Ce joyeux désordre a pris fin avec la loi du 15 mai 2022, qui modifie l’arrêté royal du 1er décembre 1975, le Code de la route lui-même. Un flou juridique concernant l’usage de trottinettes à propulsion électrique existait en Belgique jusqu’à ce que les ministres de la mobilité du pays prennent un accord qui a débouché sur ce nouveau texte.
Depuis, la trottinette électrique n’est plus un objet à part : elle est classée parmi les « engins de déplacement motorisés » et les utilisateurs de trottinettes motorisées sont assimilés aux cyclistes et doivent suivre les mêmes règles du code de la route que celles prévues pour les conducteurs de bicyclettes. Or un cycliste, en Belgique, ne roule pas sur le trottoir. Il y a une seule tolérance : à moins que vous ne teniez la trottinette par la main et que vous ne rouliez pas dessus. la trottinette qu’on pousse à la main redevient un simple objet transporté ; celle qu’on enfourche redevient un véhicule soumis au Code de la route, trottoir interdit.
Où rouler, alors, pour éviter les 58 euros ?
La règle est simple sur le papier, moins évidente dans la pratique des centres-villes belges, souvent dépourvus de pistes cyclables continues. Les conducteurs de trottinettes doivent obligatoirement emprunter les pistes cyclables ou, à défaut, la chaussée. Quand ni l’une ni l’autre n’existe, une tolérance existe : vous pouvez rouler sur le côté droit de la route, sur les accotements plats et sur les parkings. Le trottoir, lui, n’apparaît jamais dans cette liste d’options de repli, quelle que soit la configuration de la rue.
La vitesse conditionne aussi le statut juridique de l’engin. Les nouveaux engins de déplacement comme les rollers, les skateboards ou les trottinettes doivent répondre à certaines règles et être correctement équipés : ils doivent être limités à 25 km/h. Au-delà, la trottinette change de catégorie légale. Elle est alors considérée comme un cyclomoteur, ce qui change tout : plaque, assurance, immatriculation deviennent théoriquement nécessaires. En pratique, une trottinette débridée qui roule trop vite peut simplement être saisie sur le trottoir par la police, avec deux issues possibles pour le propriétaire. Soit la trottinette est récupérée dans les 30 jours par un garagiste et correctement réglée, à vos frais, puis soumise à un nouveau test avant restitution, soit elle reste en fourrière.
Le stationnement, autre piège qui coûte bien plus cher
Une fois arrivé à destination, le trottoir redevient tolérable, à une condition précise. En l’absence de signalisation, le stationnement sur le trottoir reste autorisé à condition de ne pas gêner le passage. La marge de manœuvre est plus stricte qu’on ne le pense : certaines communes exigent qu’un mètre de large reste disponible pour les piétons et les personnes à mobilité réduite. Se tromper sur ce point revient nettement plus cher que l’infraction de circulation elle-même. Si vous garez votre trottinette à un endroit où cela n’est pas autorisé, votre amende peut aller jusqu’à 116 euros. Le double du tarif appliqué pour avoir roulé sur le trottoir, ce qui en dit long sur la nuisance que représentent ces engins abandonnés en travers d’un passage pour les usagers les plus vulnérables, personnes malvoyantes en tête.
D’autres infractions basculent dans la même fourchette tarifaire que le trottoir. Si vous êtes surpris à deux sur une trottinette, ou si vous avez moins de 16 ans et que vous conduisez une trottinette électrique, vous risquez une amende de 58 euros. La règle sur l’âge minimal reste d’ailleurs assortie de nuances territoriales : certaines zones, notamment les RAVeL wallons ou les zones piétonnes, échappent à cette limite dans des conditions précises fixées localement.
Des règles encore amenées à bouger
Le cadre de 2022 n’est pas figé pour toujours. Des discussions ont émergé fin 2025 autour d’un durcissement supplémentaire de la législation. Plusieurs pistes ont été évoquées dans le débat public, comme une baisse de la vitesse maximale à 20 km/h, une plaque d’immatriculation, ou un renforcement des obligations, sans qu’aucune de ces mesures ne soit pour l’instant entrée en vigueur. Ce qui est déjà acté, en revanche, c’est l’ajout de panneaux spécifiques au Code de la route. De nouveaux panneaux de signalisation ont été ajoutés, dont un panneau d’interdiction de stationnement pour les trottinettes en libre-service, taillé sur mesure pour lutter contre l’accumulation d’engins abandonnés dans les grandes villes.
Un chiffre relevé par une police locale mérite d’être gardé en tête avant de sortir sa trottinette : près d’un usager sur quatre n’est pas du tout au courant de la limite de vitesse, ou pense qu’elle est de 30 km/h voire plus. Ignorer la règle ne protège pourtant jamais de l’amende, ni du procès-verbal dressé par un agent qui, lui, connaît le Code de la route par cœur.
Sources : police.be | codedelaroute.be | trotnation.com