Le feu de jardin printanier, c’est une tradition bien ancrée dans les foyers belges. Des tas de branches taillées, quelques feuilles mortes accumulées, un bidon d’essence et hop, la fumée monte au-dessus des clôtures. Or cette pratique est, dans la grande majorité des communes du pays, soit fortement encadrée, soit carrément interdite toute l’année. Et les règles se durcissent.
À retenir
- La fameuse règle des 100 mètres rend le brûlage impossible dans 99% des jardins belges — découvrez pourquoi
- Brûler 50 kg de déchets verts pollue autant que 10 000 km en voiture diesel : un chiffre qui change tout
- Des solutions existent pour vos branches et tontes sans allumer un feu — et certaines vous facilitent même la vie
Trois régions, trois logiques, mais une même tendance
La Belgique est fédérale, et la gestion des déchets l’est tout autant. À Bruxelles-Capitale, il est interdit de brûler des déchets à domicile, sans exception. Le règlement général de police de la Ville de Bruxelles est limpide : sauf autorisation de l’autorité compétente, il est interdit de faire du feu en extérieur et de détruire par combustion en plein air tout déchet, en ce compris les déchets verts et les déchets ménagers organiques.
En Flandre, la situation est également très restrictive. Seuls les déchets végétaux de jardin peuvent théoriquement être brûlés, mais il faut respecter une distance de plus de 100 mètres par rapport aux vergers, bois, maisons et haies. Dans les zones d’habitation, brûler des déchets est interdit. pour la grande majorité des jardins belges, qui ne se trouvent pas en rase campagne, c’est non.
La Wallonie est la région où la marge de manœuvre était historiquement la plus large. En Région wallonne, il est permis de brûler des déchets végétaux et uniquement ce type de déchets. Les feux allumés doivent être situés à plus de 100 mètres des maisons, bruyères, vergers, haies, tas de paille et meules, et à plus de 25 mètres des bois et forêts, sauf autorisation du propriétaire. Ce qui, en pratique, exclut la quasi-totalité des jardins résidentiels. Rien n’empêche par ailleurs la commune d’adopter des mesures plus strictes dans son règlement de police général. Et c’est précisément ce que font de plus en plus de communes.
La règle des 100 mètres : une interdiction déguisée
Concrètement, la condition des 100 mètres vide de sens toute tolérance pour le jardinier ordinaire. Qui possède un terrain suffisamment vaste pour allumer un feu à plus de 100 mètres de sa maison, de celle du voisin, de la haie mitoyenne et du verger d’à côté ? Selon le Code rural, il est interdit de brûler des déchets végétaux à moins de 100 mètres de toute habitation, haie, verger, arbre ou champ, une condition qui rend le brûlage impossible dans presque tout habitat groupé.
Il est formellement interdit de brûler tout autre déchet que des végétaux. Toute infraction au règlement général de police peut être sanctionnée par une amende administrative à hauteur de 250 euros. Des amendes plus importantes, en fonction de la nature des déchets brûlés et d’une atteinte éventuelle à la santé publique, peuvent également être infligées par le Procureur du Roi ou le fonctionnaire sanctionnateur régional.
Un détail qui a son importance : les barbecues restent autorisés, car ils ne sont pas considérés comme une incinération de déchets. De même, ces dispositions ne s’appliquent pas lors des « grands feux » dûment autorisés par l’autorité communale. Le feu de la Saint-Jean échappe donc à la règle, à condition de l’avoir déclaré en bonne et due forme.
Pourquoi cette restriction ? Le chiffre qui donne le vertige
Derrière l’aspect réglementaire, il y a une réalité sanitaire que beaucoup ignorent. Le brûlage de 50 kg de déchets verts émet autant de particules que 10 000 km parcourus par une voiture diesel récente, ou 6 mois de chauffage d’une maison équipée d’une chaudière fuel. Un tas de branches qui flambouche dans un jardin de banlieue produit donc une pollution équivalente à des mois de chauffage. C’est le genre de chiffre qui remet les priorités en perspective.
La combustion de ces déchets libère dans l’air des substances toxiques telles que des particules fines, des oxydes d’azote, des hydrocarbures aromatiques polycycliques, du monoxyde de carbone, des composés organiques volatils ou encore des dioxines. Tout feu produit du CO2, de la dioxine (une substance cancérigène) et des particules fines pouvant provoquer de graves problèmes de santé : cancers, maladies respiratoires et cardiovasculaires. Depuis 2013, le Centre international de recherche sur le cancer classe les particules fines et la pollution de l’air extérieur comme cancérigènes certains.
Le Plan wallon Air Climat Énergie prend d’ailleurs acte de ces données : il prévoit d’interdire à terme de tels feux eu égard à la pollution atmosphérique qu’ils provoquent. La direction du voyage est donc claire.
Ce que vous pouvez faire à la place
La bonne nouvelle, c’est que les alternatives existent et qu’elles sont souvent plus pratiques qu’on ne le croit. Le parc à conteneurs (recyparc) reste la solution la plus accessible : dans tous les recyparcs, les déchets verts sont collectés séparément, les tontes de pelouse dans un conteneur, les branchages dans un autre, afin de favoriser le processus de compostage industriel. Les déchets verts sont ensuite acheminés sur une plateforme de compostage industriel pour être transformés en compost.
Le compostage domestique est une autre piste, souvent sous-estimée. Composter ses déchets organiques, déchets alimentaires et déchets verts compris, permet d’alléger de près de 40% en poids son sac d’ordures ménagères. Pour les branchages plus épais, le broyage à domicile transforme les déchets encombrants en paillis directement réutilisable au pied des arbustes. Ce paillage enrichit le sol, limite les mauvaises herbes et réduit les besoins en arrosage, trois avantages pour le prix d’un.
Reste une nuance à ne pas ignorer : le cadre wallon prévoit une exception pour l’incinération des déchets verts secs provenant de l’entretien des jardins, de déboisement ou défrichement de terrains, et d’activités professionnelles agricoles, à condition de respecter les distances requises. Pour les agriculteurs et les propriétaires de grands domaines ruraux bien éloignés de tout voisinage, la tolérance subsiste donc, à condition de veiller à ce que le feu soit maintenu à un niveau maîtrisable, en évitant tout désagrément pour le voisinage, et qu’il soit interdit par temps de grand vent ainsi que lors d’alerte au smog. Pour le jardin de ville ou de périphérie résidentielle, en revanche, le briquet reste dans la poche.