Une indexation de 2 % qui tombe pile au moment où l’allocation change de palier : voilà l’explication la plus probable à cette impression de recevoir moins d’argent malgré une hausse officielle. Le mécanisme n’est pas une erreur de l’ONEM, mais la conséquence de deux logiques qui se superposent sans jamais se compenser : l’indexation automatique liée à l’inflation, et la dégressivité programmée des allocations de chômage.
Les allocations de chômage ont bien été indexées de 2% le 1er mars 2026, suite à un dépassement de l’indice pivot. Depuis le 01/07/2025, les allocations de chômage sont indexées le troisième mois suivant le dépassement de l’indice pivot, et l’indice pivot ayant été dépassé en décembre 2025, les allocations de chômage ont été indexées de 2%. Sur le papier, tout chômeur belge a donc vu son montant brut augmenter. Le problème, c’est que ce plus n’apparaît jamais isolément sur un extrait de paiement. Il se mêle à d’autres variables, et c’est précisément là que le bât blesse pour beaucoup d’allocataires qui ont eu la surprise, le mois suivant, de constater un montant net inférieur à celui perçu avant l’indexation.
À retenir
- L’indexation de 2 % existe bel et bien, mais elle disparaît dans les calculs de paiement
- La dégressivité des allocations baisse le montant tous les 3, 6 ou 12 mois : jusqu’à 8 fois en 4 ans en Belgique
- Quand un palier de dégressivité tombe le même mois que l’indexation, la baisse structurelle efface purement et simplement le gain
La dégressivité, ce mécanisme qui grignote plus vite qu’il n’indexe
Le chômage belge n’est pas un montant fixe dans le temps. Les allocations sont dégressives, ce qui signifie que le montant des allocations va diminuer après un certain temps. Vous passez par une première, une deuxième et enfin une troisième période d’indemnisation. Concrètement, un chômeur touche d’abord un pourcentage élevé de son ancien salaire, puis ce pourcentage baisse par paliers réguliers, tous les trois, six ou douze mois selon la phase, avant d’atterrir sur un montant forfaitaire qui ne tient plus compte du salaire antérieur.
Cette mécanique a été volontairement renforcée il y a plus d’une décennie. La mise en place de la dégressivité renforcée des allocations de chômage a permis de relever le montant des allocations au cours de la première période de chômage pour amortir le choc initial de la perte de revenus, mais en vue de maintenir un incitant à la remise au travail, le montant de l’allocation diminue progressivement à partir de la deuxième période. Résultat : un chômeur peut voir son allocation baisser plusieurs fois en quelques années, bien plus souvent que dans les pays voisins. L’allocation peut descendre jusqu’à 8 fois sur une période de 4 ans en Belgique, contre une seule fois en Allemagne et deux fois aux Pays-Bas. Si le passage d’un palier à l’autre tombe le même mois que l’indexation, la baisse structurelle mange purement et simplement le gain lié à l’inflation, et parfois davantage. C’est un effet de calendrier cruel : le chômeur voit sa fiche mentionner une indexation, mais son compte en banque raconte une autre histoire.
Un nouveau calendrier d’indexation qui brouille encore les repères
Ce qui complique la lecture, c’est que le rythme même de l’indexation a changé récemment. La loi-programme du 18 juillet 2025 a modifié le calendrier : l’indexation intervient désormais 3 mois après le dépassement de l’indice pivot, au lieu de 2 mois auparavant pour les salaires, et 1 mois pour certaines allocations. Ce délai allongé signifie que l’augmentation du pouvoir d’achat théorique arrive plus tard qu’avant, et donc plus facilement au moment où d’autres ajustements, eux, tombent pile.
À cela s’ajoute la réforme du chômage entrée en vigueur en 2026, qui a modifié en profondeur la durée des droits. De nouvelles réglementations relatives aux allocations de chômage sont entrées en vigueur le 1er janvier 2026, avec une fin du droit aux allocations qui se fait de manière progressive, en plusieurs vagues successives. Des dizaines de milliers de personnes ont ainsi reçu un courrier les informant d’une limitation dans le temps de leurs droits, et l’inquiétude autour de ces changements a probablement amplifié la perception que « tout baisse en même temps ». La CSC, de son côté, a d’ailleurs contesté cette réforme devant la justice : le syndicat estime que la réforme porte gravement atteinte aux droits des personnes concernées et a introduit en octobre 2025 un recours devant la Cour constitutionnelle pour l’annuler.
Il faut aussi rappeler qu’un précompte professionnel s’applique sur les allocations elles-mêmes. L’organisme de paiement retient un précompte professionnel de 10,09 % sur les allocations. Une hausse brute de 2 % se traduit donc, une fois ce prélèvement effectué, par un gain net encore plus modeste. Sur une allocation moyenne, l’écart peut se réduire à quelques euros à peine, un montant que la moindre variation de palier de dégressivité efface sans difficulté.
Comment vérifier ce qui s’est réellement passé sur son dossier
Face à ce genre de surprise, le réflexe le plus utile reste de comparer les deux décomptes mois par mois, ligne par ligne, plutôt que de se fier au seul montant final versé sur le compte. Le décompte de paiement, envoyé par l’organisme payeur (syndicat ou CAPAC), détaille en principe le nombre de jours indemnisés, le taux appliqué et la période d’indemnisation dans laquelle on se trouve. Un changement de phase (par exemple le passage du 7e au 13e mois de chômage) est souvent la vraie cause d’une baisse, l’indexation n’étant alors qu’un correctif partiel qui masque l’ampleur réelle de la diminution.
Il existe aussi des situations où le montant remonte plutôt que de baisser : une personne ayant travaillé une longue période entre deux périodes de chômage revient aux montants de la première période, plus favorable. Reprendre un emploi, même temporairement, peut donc « réinitialiser » le compteur de dégressivité, un détail que peu de demandeurs d’emploi connaissent et qui mérite d’être vérifié auprès de son organisme de paiement avant de renoncer à une piste professionnelle de courte durée par crainte de perdre ses droits.
Sources : droitsquotidiens.be | partena-professional.be