J’ai mis ma maison sur Airbnb pour cet été en Wallonie : en trois jours, mon annonce avait disparu et je n’ai reçu aucun avertissement

Vous avez mis votre maison en ligne sur Airbnb début mai pour louer cet été en Wallonie. Trois jours plus tard, l’annonce a disparu. Pas d’email d’explication, pas d’avertissement, pas de délai pour régulariser. Le compte semble intact, mais votre bien est invisible sur la plateforme. Ce scénario, de plus en plus fréquent depuis le 1er juillet 2025, est directement lié à l’entrée en vigueur du nouveau Code wallon du Tourisme, et au fait que la plupart des hôtes occasionnels ignorent jusqu’à son existence.

À retenir

  • Pourquoi des milliers d’annonces disparaissent mystérieusement de la plateforme depuis cet été
  • Quel document précis manque à votre profil pour que votre annonce soit supprimée automatiquement
  • Combien de propriétaires wallons risquent des poursuites si rien ne change avant janvier 2026

Ce que la loi impose depuis juillet 2025

Le nouveau Code wallon du Tourisme est entré en vigueur le 1er juillet 2025 et réforme en profondeur le secteur des hébergements touristiques. La pièce centrale de cette réforme ? Depuis cette date, l’exploitation d’un hébergement touristique est subordonnée à un enregistrement préalable auprès de Tourisme Wallonie. Cette obligation ne distingue ni selon la taille du bien, ni selon le caractère occasionnel ou régulier de l’activité. que vous louiez votre maison deux semaines par an ou à temps plein, vous êtes logé à la même enseigne.

Pour obtenir cet enregistrement, il faut fournir une attestation de sécurité incendie (ASI) ou un contrôle simplifié (ACS) pour les hébergements de moins de 10 personnes, un certificat de conformité des installations (électricité, gaz, chauffage), un extrait de casier judiciaire datant de moins de 6 mois et un formulaire officiel d’enregistrement. L’enregistrement est gratuit, mais il doit impérativement être obtenu avant toute mise en location. Ce dernier point est celui que beaucoup de propriétaires ratent : l’ordre des opérations est inversé par rapport à leurs habitudes. On ne publie plus d’abord, on ne régularise plus ensuite.

Il y a aussi la question de l’urbanisme, souvent méconnue. Selon le Code du Développement Territorial, la mise en location d’un logement via une plateforme touristique est considérée comme une modification de destination. Vous avez donc l’obligation de disposer d’un permis d’urbanisme pour transformer un logement en hébergement touristique. Ce permis n’est toutefois pas requis si la location se fait chez l’habitant, si l’hébergement comporte moins de six chambres et si les pièces louées ne rassemblent pas toutes les fonctions de base d’un logement. Un gîte indépendant mis à la location, par contre, entre pleinement dans le champ de cette obligation.

Pourquoi Airbnb supprime des annonces sans prévenir

La suppression silencieuse d’une annonce n’est pas un bug ni une sanction arbitraire de la plateforme : elle découle d’un mouvement réglementaire européen de fond. À partir du 20 mai 2026, tous les hôtes, professionnels comme particuliers, doivent s’enregistrer et obtenir un numéro d’enregistrement pour louer leur logement sur une courte durée. Les plateformes en ligne sont tenues de vérifier l’exactitude des informations données et d’effectuer des contrôles aléatoires. En cas de défaut, elles doivent suspendre les annonces aux risques de se voir sanctionner par les autorités nationales (Règlement européen 2024/1028).

En Wallonie, Airbnb a publié sa propre page d’information sur ces nouvelles règles. Les nouvelles règles incluent un enregistrement simple auprès des autorités touristiques compétentes (Tourisme Wallonie) via un formulaire à soumettre par email ou courrier. Les hôtes peuvent louer leur hébergement sans limite de durée, à condition de disposer d’une assurance responsabilité civile et d’une attestation de sécurité incendie. Mais cette information, enfouie dans les pages d’aide de la plateforme, n’est pas poussée vers les hôtes de façon proactive. Résultat : des milliers de propriétaires wallons ont publié des annonces sans numéro d’enregistrement, et se retrouvent supprimés sans comprendre pourquoi.

Ce n’est pas une spécificité belge. L’Espagne a déjà vécu cet électrochoc à grande échelle : le gouvernement espagnol a demandé à la plateforme de retirer près de 66 000 annonces jugées non conformes à la réglementation nationale. Le grief principal ? L’absence de numéro de licence touristique, des numéros erronés, ou un manque d’information sur le statut juridique de l’hôte. La Wallonie n’est pas (encore) à cette échelle, mais la logique est identique.

Une situation qui se complique encore en 2026

Si vous étiez déjà en activité avant juillet 2025 et régulièrement déclaré sous l’ancien régime, vous bénéficiez en principe d’un régime transitoire. Mais ce filet de sécurité a des limites précises : cette période transitoire a pris fin le 31 décembre 2025. À compter du 1er janvier 2026, tout exploitant qui ne peut démontrer que son hébergement est valablement enregistré s’expose à une exploitation juridiquement irrégulière. Pour les nouveaux venus sur la plateforme, il n’existe aucune tolérance : l’enregistrement préalable est immédiatement exigible.

Les sanctions ne sont pas symboliques. Le non-respect de l’obligation d’enregistrement constitue une infraction de 1re catégorie. Les sanctions s’étendent de 8 jours à 1 mois de prison à une amende de 75 à 7 500 euros. Au-delà du risque pénal, le défaut d’enregistrement constitue une infraction au sens du Code wallon du tourisme susceptible d’entraîner des sanctions administratives et pénales. L’année 2026 marque un basculement : l’enregistrement n’est plus une formalité différable. Les exploitants doivent être en mesure de justifier d’un numéro d’enregistrement, de la conformité de leur hébergement et de la cohérence entre leur situation administrative et leur activité sur les plateformes de réservation.

Un problème structurel persiste toutefois du côté du contrôle : à ce jour, aucune disposition légale n’impose aux plateformes numériques telles qu’Airbnb de transmettre à la Région les coordonnées des hébergements mis en location via leurs services. Tourisme Wallonie réfléchit à la mise en place d’un système de repérage et d’identification des hébergements touristiques non enregistrés, dans les limites de ses moyens humains et informatiques. Mais un changement de taille approche : la mise en œuvre du règlement européen sur les locations de courte durée, prévue pour 2026, viendra renforcer le cadre réglementaire. Ce texte imposera aux plateformes numériques de coopérer avec les autorités compétentes et d’interdire la promotion de tout hébergement non enregistré.

Que faire pour remettre votre annonce en ligne

La démarche est claire et, bonne nouvelle, entièrement gratuite. La démarche se fait en ligne via la plateforme de Tourisme Wallonie. Des formulaires papier sont disponibles sur demande à l’adresse hebergement@tourismewallonie.be. Une fois la démarche effectuée, l’exploitant reçoit un numéro d’enregistrement, qui a une durée de validité indéterminée tant que l’attestation de sécurité incendie et l’extrait de casier judiciaire sont valables.

Les pièces à rassembler avant de lancer la démarche sont les suivantes : une attestation de sécurité incendie accompagnée d’un certificat de conformité pour l’électricité, le chauffage et le gaz ; un extrait de casier judiciaire de moins de six mois ; et bien sûr, le formulaire de demande d’enregistrement complété. Pour les petits hébergements, une attestation de contrôle simplifié est possible pour les hébergements d’une capacité inférieure à 10 personnes, ce qui allège sensiblement la procédure pour la majorité des maisons proposées sur Airbnb en Wallonie.

Une fois votre numéro obtenu, il doit figurer visiblement dans votre annonce. C’est la condition pour que la plateforme accepte de la remettre en ligne. Ce numéro vous ouvre aussi, si vous le souhaitez, la voie vers une certification officielle auprès de Tourisme Wallonie, qui donne accès à la promotion via VISITWallonia et, sous certaines conditions, à des subventions pour vos investissements. On recense 5 000 hébergements touristiques autorisés en Wallonie. Mais selon les autorités wallonnes, il y en aurait 20 000 en réalité, ce qui signifie qu’à peine un quart des logements touristiques wallons seraient en ordre d’enregistrement. Si votre annonce a disparu, vous êtes probablement dans les trois quarts restants, mais la régularisation reste possible, avant que les contrôles se renforcent encore davantage.

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