Fini les emballages anti-gras traités aux PFAS : au 12 août 2026, les friteries et enseignes belges devront toutes changer de matériau

À partir du 12 août 2026, tout emballage alimentaire contenant des PFAS au-dessus des seuils fixés par la réglementation européenne devient illégal à la vente en Belgique, comme dans les 26 autres pays de l’Union. Tout emballage alimentaire contenant des PFAS au-dessus des seuils réglementaires est interdit de mise sur le marché européen dès le 12 août 2026, sans période de grâce ni stock autorisé à écouler. Papier à frites, boîtes de burger, sachets de pop-corn micro-ondables : ces emballages qui doivent leur pouvoir anti-graisse à un traitement chimique devront disparaître des comptoirs, sous peine de sanctions pour les commerçants qui continueraient à les utiliser.

La nouveauté ne vient pas d’une loi belge mais d’un texte européen directement applicable. Le règlement sur les emballages et les déchets d’emballages (PPWR) est un règlement de l’Union européenne conçu pour harmoniser les règles en matière d’emballages dans tous les États membres, et contrairement à une directive, il s’applique directement dans tous les pays de l’UE sans transposition nationale. Pas besoin d’attendre un arrêté royal belge, donc : la règle tombe telle quelle sur les friteries, snacks, boulangeries et enseignes de restauration rapide du pays.

À retenir

  • Une deadline inévitable : le 12 août 2026, aucun stock d’emballages PFAS ne pourra être écoulé, même s’il est déjà produit
  • La Belgique enregistre les plus hauts taux de contamination aux PFAS d’Europe, particulièrement dans le sang des habitants du Hainaut
  • Ce n’est que le début : une restriction PFAS beaucoup plus large à l’échelle européenne pourrait s’étendre aux textiles, cosmétiques et ustensiles de cuisine

Ce que la loi interdit vraiment, et ce qu’elle ne change pas

Le texte ne bannit pas n’importe quel emballage contenant la moindre trace de fluor. Il fixe des seuils précis, et c’est là que ça se complique pour les professionnels. Aucun emballage en contact alimentaire ne peut être mis sur le marché européen s’il contient des PFAS au-dessus des seuils fixés : 25 ppb pour un PFAS individuel listé à l’Annexe III, 250 ppb pour la somme de tous les PFAS. À cela s’ajoute une limite plus large sur les PFAS totaux, polymères compris, fixée à 50 ppm selon plusieurs analyses du texte.

Le point qui inquiète le plus les fabricants et distributeurs, c’est l’absence totale de transition en douceur. Contrairement à la majorité des transitions réglementaires, il n’existe aucune disposition permettant d’écouler les stocks d’emballages non conformes fabriqués avant le 12 août 2026 : un emballage non conforme ne peut pas être mis sur le marché après cette date, même s’il est déjà produit et stocké. Concrètement, une friterie qui aurait fait des réserves de papier gras traité PFAS ne pourra plus légalement l’utiliser dès cette date, peu importe la date d’achat du stock.

Les substances visées sont utilisées depuis des décennies pour une raison très pragmatique : elles rendent le carton ou le papier imperméable à la graisse et à l’humidité sans qu’il ne se détrempe. Les PFAS sont des substances chimiques utilisées dans les revêtements anti-graisse et anti-humidité de nombreux emballages alimentaires, qu’on trouve dans les boîtes fast-food, les papiers cuisson, les barquettes carton coatées et les emballages micro-ondables. Autant dire que le secteur horeca belge, très attaché à ses cornets de frites en papier, est directement dans la ligne de mire.

Pourquoi la Belgique est particulièrement concernée

Ce n’est pas un hasard si cette échéance fait autant de bruit chez nous. La Belgique traîne une réputation peu enviable sur ce dossier précis. La Belgique présente les niveaux de pollution aux PFAS les plus élevés d’Europe, selon le Forever Pollution Project, qui a cartographié la contamination sur tout le continent. Les sites emblématiques sont connus : l’usine 3M à Zwijndrecht, près d’Anvers, et Chemours à Malines figurent parmi les foyers historiques de contamination du pays.

Les biomonitorings menés récemment en Wallonie donnent une idée de l’ampleur du problème dans le sang des habitants. Au total, 6 à 9 % des participants dépassent le seuil de 20 microgrammes de PFAS par litre de sang, au-delà duquel le risque d’effets indésirables sur la santé est accru, alors que les recommandations européennes tablent sur un maximum de 2 microgrammes par litre de sang. Dans certaines communes du Hainaut particulièrement exposées, les résultats sont encore plus marqués : les concentrations en PFHxS y sont de 3,5 à 6 fois plus élevées selon les zones et les classes d’âge considérées, selon l’institut wallon qui a piloté l’étude.

Les emballages alimentaires ne sont évidemment pas la seule source d’exposition, loin de là, l’eau et les sols contaminés autour des sites industriels pèsent bien davantage. Mais réduire une source d’exposition quotidienne et facilement évitable, celle qu’on tient littéralement dans les mains à chaque cornet de frites, a du sens du point de vue de la santé publique. D’autant que l’Organisation mondiale de la santé a tranché sur la dangerosité de certains de ces composés : en 2023, l’Organisation mondiale de la santé a classé l’acide perfluorooctanoïque comme cancérigène pour l’être humain et l’acide perfluorooctanesulfonique comme possiblement cancérigène pour l’être humain.

Ce qui attend concrètement les friteries et commerces alimentaires

Pour les exploitants, la marche à suivre tient en quelques vérifications concrètes, mais elles doivent être faites rapidement. Il s’agit d’abord de retourner vers ses fournisseurs d’emballages pour obtenir des garanties écrites. Les entreprises doivent dès à présent vérifier auprès de leurs fournisseurs la conformité des emballages utilisés, demander des attestations ou déclarations concernant l’absence de PFAS, identifier d’éventuelles alternatives conformes et anticiper les futurs changements réglementaires qui suivront le PPWR. Les fédérations professionnelles, comme les chambres de commerce régionales, relaient déjà ce message auprès des métiers de bouche.

Sur le plan du contrôle, la Commission européenne a publié une méthode de vérification pour aider les autorités nationales à trancher les cas litigieux. La Commission a défini une méthodologie de test en trois niveaux dans sa guidance du 30 mars 2026 : test fluorure total en premier avec un seuil indicatif à 50 ppm, puis pyrolyse GC/MS si dépassement, puis analyse TOP pour confirmation, une méthodologie qui n’est pas juridiquement prescriptive mais constitue la référence de facto pour les contrôles. En clair, chaque État membre garde une certaine latitude sur la façon de vérifier la conformité, ce qui pourrait créer des différences de rigueur d’un pays à l’autre, un point que plusieurs analystes du secteur du packaging pointent déjà comme source de confusion pour les entreprises qui vendent dans plusieurs pays européens.

Le dossier ne s’arrête pas là. Cinq pays, dont la Belgique n’a pas figuré en tête de file, poussent depuis des années pour aller beaucoup plus loin. En mars 2026, l’Agence européenne des produits chimiques est allée plus loin, en soutenant formellement une restriction bien plus large à l’échelle de l’UE sur les PFAS dans la plupart des usages, et la Commission devrait décider d’ici la fin 2026 d’y donner suite ou non. Le papier à frites n’est donc probablement que la première étape d’un ménage chimique bien plus vaste, qui pourrait toucher demain textiles, cosmétiques et ustensiles de cuisine antiadhésifs vendus sur le marché belge.

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