On s’obstine tous à choisir notre miel en regardant l’étiquette : cette mention encore présente en rayon ne dit pourtant rien de ce qu’il y a dans le pot

Sur l’étagère du supermarché, un pot de miel affiche fièrement la mention « Mélange de miels originaires de l’UE et non originaires de l’UE ». Elle semble officielle, presque rassurante. En réalité, cette formule ne révèle strictement rien sur la provenance réelle du produit : ni les pays concernés, ni les proportions, ni la qualité de la récolte. Et pourtant, elle continue de trôner sur des milliers de pots, alors qu’une nouvelle réglementation européenne est censée y mettre fin.

À retenir

  • 46 % des miels importés en Europe seraient frauduleux, coupés avec des sirops de sucre bon marché
  • La mention « UE/non-UE » a longtemps permis aux industriels de masquer la véritable provenance du miel
  • À partir de juin 2026, les étiquettes devront afficher précisément le pays et le pourcentage de chaque origine

Une formule vague qui a longtemps servi d’écran de fumée

Depuis des années, cette mention permettait aux metteurs en marché d’éviter de préciser d’où venait vraiment le miel vendu. Jusqu’à présent, la réglementation permettait aux industriels de remplacer la liste des pays d’origine par des formules floues du type « Mélange de miels originaires de l’Union européenne » ou pire, « Mélange de miels originaires et non originaires de l’UE ». Résultat concret pour le consommateur : impossible de savoir, en regardant un pot de miel en supermarché, s’il venait de France, d’Ukraine, d’Argentine ou de Chine.

Cette opacité n’a rien d’anodin. Le miel figure parmi les denrées les plus falsifiées au monde. Un rapport de référence a fait grand bruit à ce sujet : selon un rapport de la Commission européenne publié en mars 2023, 46 % des miels importés en Europe sont frauduleux, coupés avec des sirops de sucre à base de riz, de blé ou de betterave sucrière afin d’en augmenter le volume et en diminuer le prix, ou falsifiés par des additifs qui imitent une origine botanique qu’ils n’ont jamais eue. Les principaux pays suspectés de frelatage sont la Chine, la Turquie mais aussi le Royaume-Uni. Autant dire qu’une mention aussi vague que « UE/non-UE » revenait à masquer l’essentiel sous un vernis administratif.

Les contrôles menés en France sur la qualité du miel ne sont guère plus rassurants. En 2021, 40% des établissements contrôlés présentaient des anomalies, souvent liées à l’utilisation trompeuse de dénominations et mentions valorisantes telles que « miel d’écureuil », « miel de curcuma », « miel de safran », « miel aux truffes », des appellations censées suggérer un produit d’exception alors qu’elles n’ont aucune base réglementaire sérieuse.

Ce que change (enfin) la nouvelle directive européenne

Face à ce constat, Bruxelles a fini par serrer la vis. À partir du 14 juin 2026, les règles introduites par la directive modificative (UE) 2024/1438 s’appliquent. Le ou les pays d’origine devront être indiqués par ordre décroissant sur l’étiquette, et le pourcentage de chacune d’origine dans le cas de mélanges devra être indiqué, avec une tolérance de 5 % pour chaque partie du mélange, calculée sur la base de la documentation de traçabilité de l’exploitant. Concrètement, un pot composé de plusieurs origines devra désormais afficher noir sur blanc, par exemple, la part exacte de miel ukrainien, espagnol ou français qu’il contient.

Pour les assemblages les plus complexes, la Commission a prévu un aménagement : lorsque le mélange comporte plus de quatre pays d’origine, et que les quatre principaux représentent plus de 50 %, seuls ces quatre pays doivent afficher un pourcentage, les autres apparaissant sans chiffre mais toujours classés par ordre décroissant. Cette directive, parfois surnommée directive « petit-déjeuner » parce qu’elle touche aussi les confitures ou les jus de fruits, ne se limite donc pas à un simple toilettage cosmétique. Elle impose une traçabilité réelle, du rucher jusqu’au rayon.

Voilà pourquoi la mention « UE/non-UE » n’a, en théorie, plus lieu d’exister depuis la mi-juin 2026. Mais la réalité du commerce est plus lente que le calendrier législatif. Les produits mis sur le marché ou étiquetés avant le 14 juin 2026 pourront continuer à être commercialisés jusqu’à épuisement des stocks. des pots portant l’ancienne mention floue peuvent parfaitement rester en vente pendant encore de longs mois, le temps que les stocks s’écoulent et que les nouvelles étiquettes remplacent progressivement les anciennes. Les nouvelles étiquettes apparaîtront donc progressivement dans les rayons, sans date couperet visible pour le client au comptoir.

D’autres mentions à ne surtout pas prendre au pied de la lettre

La mention « UE/non-UE » n’est pas la seule à mériter la méfiance. Certaines formules, en apparence valorisantes, n’ont en réalité aucune portée légale et ne garantissent rien sur le contenu réel du pot :

  • Les expressions comme « miel naturel » ou « pur miel » ne sont pas autorisées, car par définition tout produit vendu sous le nom « miel » l’est déjà.
  • Les mentions « mis en pot par l’apiculteur » ou « sélectionné par l’apiculteur » ne garantissent pas que le miel provient exclusivement de la récolte de l’apiculteur concerné.
  • À ce jour, aucune allégation n’a été autorisée concernant les bénéfices santé du miel et des produits de la ruche sur les emballages, malgré ce qu’on peut parfois lire.

Le réflexe le plus utile reste donc de chercher une origine précise plutôt qu’une formule rassurante mais vide. Un miel monofloral avec une origine précise, comme « miel de châtaignier des Cévennes », est bien plus informatif que « miel de fleurs ». Un miel qui ne dit d’où il vient qu’à travers un logo « UE » générique mérite qu’on repose le pot et qu’on en choisisse un autre, ne serait-ce que par curiosité.

Ce qui reste à surveiller de près

La nouvelle directive prévoit aussi la création d’un outil qui manquait cruellement jusqu’ici. La directive prévoit la mise en place d’un laboratoire de référence européen dédié au miel, dont la mission sera de tester les miels avec les méthodes d’analyse les plus récentes pour détecter les fraudes, adultération au sucre, chauffage excessif, faux miels. Reste que la vraie transparence ne s’imposera pas d’un coup de baguette réglementaire : entre le texte publié au Journal officiel et le pot réellement conforme dans le chariot, il faudra encore des mois avant que la mention floue disparaisse vraiment des rayons belges et européens. En attendant, retourner le pot et lire les petites lignes reste, plus que jamais, le seul réflexe fiable.

Laisser un commentaire